Leçon 2 LE CAUCHEMAR DE DARWIN en TANZANIE

Editorial: LE CAUCHEMAR DE DARWIN. Maudit poisson! Pourquoi avoir été aussi bon?
Les délires de la mondialisation

Bienvenu dans la deuxième Leçon de la revue Afro Child. Merci d’avoir été si nombreux à lire le premier numéro de notre (de votre !) Revue. Mais, surtout nous devons exprimer notre reconnaissance pour vos nombreux et instructifs textes. Ces mots écrits, avec le cœur, le monde et l’humanité, ne sont que le début du combat pour la dignité de l’Afrique. Trois mots d’ordre : Lisez, écrivez et faites écrire.

Mais, il n’y a pas que vos écrits qui révèlent votre intérêt pour l’oeuvre de réhabilitation du continent africain. Il y a également vos interrogations. Justement, dans le courrier que nous avons reçu, plusieurs d’entre vous se questionnaient sur le lien objectif entre notre engagement africain et les sans papiers. La question est intéressante car elle fait la transition parfaite avec le sujet qui va nous occuper durant ce second numéro. Pourquoi nous sommes-nous sentis concernés par le problème des sans papiers? Pour comprendre notre engagement, il faut d’abord se demander pourquoi toute cette jeunesse quitte en masse l’Afrique. Pour une vie meilleure? Chacun sait que, à l’arrivée, ces expatriés vivent une misère semblable à celle du continent, si ce n’est pire. Alors, pourquoi? Au temps de la mondialisation, les peuples ne pourront avancer et améliorer leurs conditions de vie qu’avec la conscience de leur Histoire. Cette immigration est surtout une leçon très actuelle donnée au Monde occidental que toute action implique nécessairement une réaction. En effet, sans se soucier des conséquences, le reste du monde a puiser, pendant des siècles, dans les richesses de l’africain. Il a reçu, en retour, les déchets du monde, les moeurs et l’enseignement du monde qui ne cessaient de lui répéter que ses traditions et ses institutions étaient un brin primitives. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, comme une lumière qui attire les papillons de nuit, le monde a même vider le continent de sa jeunesse la plus brillante. Et comme la lumière brule immanquablement les ailes des papillons de nuit, cette jeunesse ne sait plus retourner en Afrique. Alors, comme disait Mortimo Planno, il ne faut pas s’étonner que l’africain devienne un « No-Wherian »: il ne vient de nulle part, il n’a plus d’identité, il se retrouve victime du présent appâté par ce qui brille. L’africain suit, désormais, la trace de ses richesses perdues afin d’en profiter un peu lui-aussi ! Nous ne voulons pas de cette immigration de l’ignorance, elle est synonyme, pour nous, de colonisation et d’esclavage pour les esprits de toute cette jeunesse africaine. Au côté des sans papiers, nous ne sommes pas entrain d’encourager une vidange en règle de l’Afrique par l’immigration. Simplement, nous voulons en dévoiler les causes historiques et fournir à cette jeunesse des raisons d’aimer et d’aider son Continent car sans racines, on n’est pas, on attend de devenir, on se fuit soi-même. Nous ne pouvons pas nous élever, nous grandir si nous n’avons rien sur quoi nous appuyer. Pas de racines pas d’ailes !

En visionnant LE CAUCHEMAR DE DARWIN, nous avons eu l’illustration parfaite de la main basse opérée sur les richesses de l’Afrique par le reste du monde. C’est comme si l’Afrique était la terre nourricière du monde, mais également, la terre dans laquelle le monde enterre ses déchets.

Il est difficile de ne pas être ému par les images de cet excellent documentaire d’Hubert SAUPER. Pour le résumer en quelques mots, on dira qu’il s’agit de la preuve du cynisme qui caractérise les relations entre le Nord et le Sud : le Sud se voit vider de ses richesses – dans notre cas, la chair tendre d’un poisson des Grands-Lacs Est-africains – par le Nord et ne reçoit en retour que ce que le Nord ne veut plus chez lui, en l’occurrence – et c’est dramatique – des armes, créant ainsi un terrain favorable à la prolifération des guerres et autres calamités dans cette région du monde.

Le cauchemar de Darwin est documentaire engagé qui commence par des images de pêche sur le lac Victoria. De gros, d’énormes poissons, les perches du Nil, sont ramenés dans les filets des pêcheurs. Que font-elles là ? Dans les années 50, cette espèce de poisson a été introduite dans le Lac Victoria (c’est la 2ème réserve mondiale en eau douce). Jusque là, le Lac comptait une incroyable diversité biologique avec des centaines d’espèces de poissons. Depuis l’introduction de la Perche du Nil, la pêche des autres espèces de poissons dans les Grands-Lacs arrive à peine à atteindre 1% du tonnage. Selon les spécialistes, l’espèce de la Perche du Nil est tellement invasive qu’elle aura tôt fait de causer la disparition des autres espèces. Elle représente un danger écologique. D’un autre côté, elle est pour les pays exportateurs (la Tanzanie et le Kenya en tête) une manne inestimable : 500 tonnes de filets partent chaque jour de l’aéroport de Mwanza pour l’Union européenne. Combien de personnes peut-on nourrir avec 500 tonnes de perche du Nil ? Beaucoup ! Mais toute la Région est régulièrement en proie à des famines terriblement meurtrières. Le documentaire met très bien en exergue ce paradoxe. Il montre comment l’exploitation irréfléchie de cette ressource est responsable de la dégradation du climat économique et social. A partir d’images de la vie quotidienne d’une communauté riveraine du lac, le film devient un véritable réquisitoire contre la mondialisation effrénée.

Le choc en 110mn. Des images sombres comme les destins de ceux que nous suivons tout au long du film… C’est dur, jamais provocateur, mais cela fait réfléchir sur la division internationale du travail, sur la part qu’il faut faire au langage médiatique sur l’Afrique. On voit comment des avions cargos russes, inondent l’Afrique d’armes et favorisent malgré eux la multiplication des conflits entre peuples affamés. On les voit ensuite repartir avec des tonnes de poissons surgelés de Tanzanie ou du raisin d’Afrique du Sud. Misère, prostitution, drogue, Sida, désastre écologique… à travers ce documentaire, la Tanzanie illustre tragiquement le sort des habitants du Sud. A travers ce documentaire, on se rend compte d’une perpétuation du système colonial. On ne demande pas aux peuples d’être eux-mêmes, mais d’être civilisés, à la manière du Colon. Cette politique a pour effet l’anéantissement de toutes les cultures et toutes les traditions locales.

 

 

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La voix des Hommes
« Les mots, les sons, le pouvoir sont les symboles de l’Homme.

C’est ce que nous utilisons contre l’oppression.

On ne se sert ni de bâtons, ni de pierres, ni de fusils.

Un de nos messages pour la planète dit :

Rassemblons-nous, sœurs et frères,

Le Temps nous échappe.

Ecoutez la Voix des Hommes, Elle appelle tout le monde.

Cette Voix est pour tous ceux qui l’accepteront… »

 

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Abdelhak ZIANI
Sans papiers sans valise
Sans identité
Église St Boniface novembre 2005

Bruxelles BELGIQUE

 

Le miroir,
Notre peur
Des gens qui passent
Le temps qui laisse des traces
Et nous on reste là
À choisir les mots
À apprendre à ne pas choisir
Apprendre à accepter
À subir, à fuir, à mourir
Le fruit d’une production en chaîne
Ne peut produire à son tour
Sur les traces de notre peur
De disparaître un jour
Sans laisser de trace
Prisonnier du passé
Victime du présent
Appât du futur

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L’AFRIQUE : U N CONTINENT COMPLEXE PAR LA PAUVRETE
Théon TUYISABE
Philosophe et spécialiste du mariage et de la famille

Cotonou BENIN

Bonjour,
« L’on s’attire à soi ce dont on pense souvent » disait un penseur. A partir de cette réflexion, je vous propose un article qui se veut être une dénonciation de ceux qui s’adonnent à ridiculiser les africains comme si pauvre africain. Merci pour tout ce que vous faites!

Parmi les cinq continents de la planète, l’Afrique se distingue par son sous-développement. La misère qui y sévit inquiète plus d’un : les jeunes tentent de fuir les familles et leurs pays, les populations meurent de faim, de maladies, de guerres fratricides…Les nombreuses solutions qui sont proposées de partout se soldent parfois par un échec. Face à une telle situation, nous n’avons pas le droit de désespérer .
La pauvreté, avant d’être matérielle, elle est d’abord et avant tout psychologique. D’ailleurs, l’Afrique est-elle pauvre ?
Les grandes quantités de minerais, de caoutchouc, de cacao, de café, de thé, de pétrole…se retrouvent en Afrique. Même le raisin s’y cultive au point que l’Afrique du Sud se positionne en 7ème position au niveau mondial.
Mais alors, qu’est-ce qui manque en Afrique ?
Des hommes, il y en a.
Je suis loin d’admettre que la qualité de l’homme africain est moindre par rapport aux autres. Le plus grand malhonnête ne se trouve pas nécessairement en Afrique.
Toutefois, les structures africaines qui, depuis la colonisation ont tenté de se conformer aux structures du colonisateur n’arrivent et n’arriveront peut-être pas à rendre l’africain plus blanc que le blanc.
Pour cela, les valeurs de la société africaine sur lesquelles s’appuyaient nos ancêtres méritent aujourd’hui, plus que jamais une attention particulière.
Aviez-vous déjà vu un sans papiers en Afrique, un SDF ou encore un vieux abandonné à la merci de la canicule ? La solidarité ne s’enseigne pas en Afrique, elle est intuitive.
De même, l’hospitalité, le partage et la communion sont autant de valeurs que l’africaniste pourrait qualifier à tord ou à raison d’innés.
Vouloir développer l’Afrique, c’est précisément partir de ces valeurs qui ont longtemps marquées la famille africaine, seul lieu où l’on fait le premier apprentissage des vertus sociales qui sont l’âme de sa vie.
Tout commence par la pratique du regard positif qui aide l’africain à être d’avantage lui-même.
Soyons donc ce que nous sommes et aimons les autres pour ce qu’ils sont.

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Wesley J. OAKES
Durban South Africa

« Man was born free and everywhere he is in chains. One thinks himself master of others, and still remains a greater slave than they. How did this come about? » J.J ROUSSEAU.

Rousseau’s ‘general will’ suggested the replacement of instinct for the conduct of justice, physical impulse for morality and natural independence for liberty, yet it has not been our case. We Africans remain in chains, the very same chains that we embrace while we bravely howl « Uhuru…uhuru Afrika ». Indeed, we have fallen in love with our shackles; we feel meaningless without them in fact, we are naked without them. We have become the epitome of the ‘house nigger’; admirers of our masters, we yearn for their touch and attention and frown in bewilderment upon our fellow ‘field nigger’s’ discontent; master is good to us, master is kind, master, master… tell me, why should we I escape? Western identity and paraphernalia has conscripted the African psyche, we cannot equate value to our lives without the indulgence of materialism and the subscription of individualism and profit. For our youth success signifies compromise, the abandonment of tradition and cultural practice, for such old fashionism is understood as primitive in light of this age of modernity. It is now time for us ‘act’ developed. We must get rich or die trying something our fairy-tale ancestors fail to teach us. Yes, we have been denied authorship to the history of our past, our present and so will be of our future. Consequently, we have deprived each other of the integrity of our identities; at present we can only seize to exist in opposition to the white man. Only through his reflection do we allow ourselves to see one another. Howl, and howl again uhuru… uhuru Afrika!

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MISSION SUICIDE
Jean-Luc PENING

23 décembre 1999. Il doit être environ minuit. Les portes du 130 s’ouvrent doucement. Notre mission est très simple : tuer, blesser, casser physiquement, casser moralement. Tuer, blesser, casser. Espoir de retour : zéro.

Cela fait un bon moment que nous survolons la jungle à faible altitude et, malgré la vitesse, un air chaud et humide nous imprègne. Les faibles lampes qui éclairaient l’intérieur de la carlingue se sont éteintes. Dehors, dedans c’est le noir complet, par le trou béant le vide. On approche.

Dès que le copilote aperçoit la moindre petite lueur d’un village, forcément d’une position ennemie, il fait un signe au sergent. Et celui-ci, sans un mot, sans ménagements nous pousse, par petits groupes d’une dizaine, dans le vide, dans le noir, dans l’inconnu. Pas le choix. Ca y est, c’est à mon tour. J’ai sauté. L’air est vraiment chaud. Le vrombissement des moteurs fait tout doucement place au sifflement du vent, l’odeur de graisses fait place à celle de la terre humide. Parti sans retour avec cette machine à tuer qui me brûle les tripes.

J’en arrive à rêver que je raterais mon atterrissage, que je tomberai dans une rivière, que mon corps se disloquera au sol. Que j’échouerai dans ma mission. Au moins le cauchemar sera vite fini, au moins je mourrai seul. Cette chute vers le sang, les pleurs, me paraît interminable. La vie est absurde. Finir comme ça alors que tout avait si bien commencé.

A peine né j’étais arrivé un soir de Noël dans ma famille rose d’accueil. Tout de suite ma Maman, Mimi 3 ans et demi, m’avait entouré de son amour dix fois plus grand qu’elle. J’étais heureux dans ses bras, heureux de partager tous ses repas avec elle, même si après je devais passer sous la brosse froide pour enlever les taches de chocolat qui emplissaient mon visage. Heureux de passer toutes mes nuits à ses côtés à écouter ses confidences et ses rêves de fée. Un paradis tout rose. Il faut dire qu’avec mes grands yeux, mon nez doux et mes petits bras accueillants j’avais tout pour remplir ma mission : plaire aux enfants, les rendre heureux. Quel plaisir. Moi aussi j’étais heureux comme un bon ours en peluches peut l’être. J’essayais avec mes moyens limités de jouet de leur rendre tout l’amour qu’ils me donnaient. J’aurais tout fait pour eux. Tous les enfants étaient mes amis.

Quinze années de bonheur parfait. Et puis la vieillesse arrive, on devient un peu sale, un peu moins présentable avec une oreille déchirée. Mais surtout Mimi est devenue Mademoiselle Myriam qui, bien qu’elle se confiait encore à moi, me cachait dès que quelqu’un venait. Jusqu’au jour où un garçon a pris ma place dans le lit et que j’ai été exilé dans une boite en carton.

J’aurai pu terminer ma vie de nounours doucement ainsi en attendant le regard émerveillé d’un petit bébé. Et bien non, je suis parti, un matin d’automne, avec mes collègues, dans un grand sac plastique. Pour la bonne cause. Il était écrit sur ce sac : Pour la Noël des enfants du tiers-monde. Une bonne cause. Mais ce que Mimi ne savait pas, non, maintenant, je suis sûr qu’elle ne le savait pas, c’est qu’avant de m’envoyer faire fleurir les sourires sur les visages des petits enfants de la jungle, j’avais été sélectionné pour mon aspect sympathique et attirant. Que des grandes personnes m’avaient amené dans un drôle d’endroit où des drôles de docteurs avaient ouvert mon petit ventre, avaient retiré une poignée de peluches à l’endroit où devait battre mon cœur et y avaient mis un objet métallique avec minuterie.

Un choc ! Je suis arrivé au sol. Malheureusement entier. Il fait noir, silencieux. Mes compagnons ; la petite voiture, la poupée, les boites de conserve et la chaussure ont dû tomber pas loin d’ici. Pourvu que je sois dans un endroit inaccessible, que la pluie m’emportera, que plus jamais un enfant ne portera son regard sur mes doux yeux, plus jamais, plus jamais…

Un petit clic s’est déclenché dans mon ventre, horreur la machine est en route, prête à agir à la moindre caresse. Le soleil se lève, des rumeurs s’approchent. NON les enfants, non mes amis, ne me touchez pas, ne me touchez pas !!! Je suis devenu un monstre, une machine à tuer, une machine à arracher des bras, à éteindre tous les sourires, je suis devenu votre pire ennemi, un nounours piégé avec une mine dans le ventre…

Je voudrais pleurer, pleurer sur la folie de ceux qui ont fait de moi un tueur. Je voudrais crier : « Hé les adultes, arrêtez vos jeux qui n’amusent personne, laissez vivre la vie. Arrêtez de détruire des enfances pour quelques liasses de pouvoir… ». Je veux crier mais qui peut écouter le cri muet d’un vulgaire jouet, d’un vulgaire ami des enfants???

NON les enfants ne me touchez pas, la guerre a fait de la beauté de votre amour une arme cruelle.

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« TROP LOIN, TROP PAUVRE ET TROP NOIRE »
Juste SINDIHEBURA

Liège BELGIQUE

C’est ces mots que le Général DALLAIRE, commandant des forces armées de l’ONU durant le génocide rwandais, a utilisé pour répondre au journaliste qui lui demandait pourquoi ne pas avoir réussi à obtenir l’autorisation d’intervenir pour empêcher le pire. Les rwandais étaient trop loin, trop pauvres et trop noirs pour mériter la protection des Nations.

Oui ! L’Afrique est vraiment trop loin. D’ici, de notre petit train-train, de nos petits soucis quotidiens, nos yeux choisissent de ne plus regarder. Alors pour nous, l’Afrique devient les jolies images des plaines kenyanes, des danses zouloues …. C’est plus rassurant ! Et puisque l’Afrique est si loin, oublions le Darfour ! Oublions la famine qui ravage tout l’Est africain ! Oublions tous ces records battus en nombre de victimes, de réfugiés et d’orphelins ! Oublions également les ghettos sud-africains, les régimes tyranniques et totalitaires que nous soutenons parfois par notre simple ignorance ! Oublions enfin que les ¾ de ses victimes le Sida les ponctionne en Afrique et que des maladies pourtant disparues ailleurs continuent à décimer ce continent !

C’est vrai, le Général DALLAIRE avait raison, ces africains sont trop pauvres. Economiquement insignifiants dans un monde où l’argent est indispensable pour inspirer le respect des autres nations, l’existence même de ces pauvres africains devient de très peu d’intérêt. Sont-ils complexés, immatures, primitifs, fainéants ou sont-ils écrasés par le train de la mondialisation qu’ils doivent prendre en court de route et qui ne leurs laisse aucune chance de monter à bord ? À vrai dire, la question nous indiffère. Nous nous raccrochons à l’idée qu’ils sont trop loin pour que l’odeur de leur pauvreté puisse un jour nous incommoder. Et pourtant, il y a cette petite voix qui nous rappelle que notre prospérité nous la devons, en grande partie, aux richesses de leur terre, l’Afrique. Cette prosperité qui ne cesse de décompter le nombre de familles africaines il aura fallu sacrifier pour que nous ayons dans nos maisons de la douceur de l’ébène, pour que nos bouches savourent la chaire tendre de la perche du Nil, pour que les cœurs de nos femmes soient éblouis par l’éclat d’un diamant. Quand, la petite voix devient assourdissante, nous essayons de l’endormir à coup d’œuvres humanitaires. Eh oui ! Apporter de la nourriture en Afrique est, certes, très louable mais ne sert qu’à colmater les brèches de plus en plus nombreuses.

Et puis non ! De toutes les façons, il est trop noir ce continent ! L’Afrique est, aux yeux du reste du Monde, noire pour d’autres raisons que la couleur de la peau de ses peuples. Elle est noire, faussement visible, parce que l’image que l’on montre d’elle n’est que trop partielle. C’est sans doute gratifiant pour les africains de savoir que leur cher continent est le berceau de l’Humanité. Mais, l’Humanité n’est plus un bébé qui aurait encore besoin de son berceau. Il y a longtemps qu’Elle a pris son berceau et l’a rangé dans le grenier avant d’éteindre la lumière. Elle ne le sort plus que pour l’épousseter, le raccommoder sans grande conviction et se rappeler, un brin nostalgique, de son jeune âge. A quel point cela peut être réducteur de résumer l’Afrique à l’image de tribus figées dans le temps et de rites qui, pour nous, semblent au mieux curieuses ? En avons-nous au moins conscience ? Lorsqu’on se décide, enfin, à montrer l’Afrique actuelle, c’est par une suite d’images de guerres, de maladies ou de famines. Normal, direz-vous ! Comme le berceau remisé au grenier, juste bon à nous remémorer nos premiers pas dans la vie, l’Afrique a pris de la poussière et est devenue bancale. Mais, contrairement au berceau inerte et inutile, l’Afrique est pleine de vie, de projets constructifs et de réalisations formidables. Elle mérite qu’on change notre regard sur Elle.

Alors, quand vous regarderez « Le cauchemar de Darwin », évidemment vous verrez des horreurs indescriptibles. Vous serrez plongés dans un troc étrange et cynique où du poisson s’échange contre des armes. Le documentaire vous dira quel prix peut avoir la saveur d’un simple poisson. Vous verrez des enfants se battre pour un bol de riz à côté d’une usine de conditionnement d’où partent 500 tonnes de poissons par jour. Vous les verrez ‘sniffer’ de la colle pour arriver à s’endormir le ventre vide et à tromper la souffrance. Vous lirez dans leurs yeux l’humiliation que peuvent éprouver ces pêcheurs africains réduits à nourrir leurs familles de restes pourris de poissons, déchets de nos caprices culinaires. Vous saurez qu’en remerciements à leurs efforts soutenus pour nous offrir ce poisson, nous leur offrons des armes. Pas pour les aider à faire pousser la pomme-de-terre ou à améliorer l’éducation de leurs enfants. Non ! Une arme ne peut servir qu’à une chose : tuer ! Alors, le lien vous apparaîtra plus évident entre ces armes que nous offrons ‘généreusement’ et les interminables guerres qui déchirent la Région des Grands-Lacs. Après réflexion vous saisirez l’inhumanité de la situation et la justesse de la réponse du Général DALLAIRE : « TROP LOIN, TROP PAUVRE ET TROP NOIRE ». À force de s’en accommoder, on est arrivé à devenir inhumains !

Mais, à force de fermer les yeux en les croyant trop loin, les enfants de l’Afrique se sont rapprochés en suivant à la trace le chemin qu’a emprunté la richesse de leur mère continent. Désormais, ils sont avec nous, ils sont chez nous et exigent de nous l’accueil et les comptes. Nous nous réveillons brusquement en sentant l’odeur de leur misère et entendant leurs lamentations au seuil de nos portes. Et voilà la petite voix qui se remet à nous dire que cette misère et ces pleurs sont le fruit de nos actes.

Enfin, à force de croire que l’Afrique trop noire, trop incompréhensible pour être aider, nous ignorons sciemment les efforts des millions de jeunes africains pour relever la tête et soutenir leur continent. Un proverbe africain dit : « Quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit ! ». Nous ne verrons, donc, pas dans « Le cauchemar de Darwin » ce jeune tanzanien qui réussi à passer de l’état d’orphelin laissé pour compte à celui d’artiste peintre.

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A. N.
a.k.a Guevara Mandela.

Bujumbura BURUNDI

J’ai moi-même eu l’occasion de voir le film « le Cauchemar de Darwin » dans un centre Culturel Français de Bujumbura. Une large publicité avait été faite à propos et la salle était pleine à craquer. Je ne suis pas grand fan des salles de cinéma mais le hasard avait fait que je sois du public ce jour là. Un public très hétérogène, composé en grande partie de noirs burundais et de blancs français. Quelques rwandais et Congolais qui habitant à Bujumbura étaient aussi présents dans la salle. Du point de vue réalisation technique « le cauchemar de Darwin » n’est pas une fiction. C’est un excellent documentaire qui vous place dans un contexte réel africain. Ces images sont réelles. C’est des hommes, des femmes et enfants dans leur vie quotidienne réelle. On y voit aussi des contradictions entre la vie des bidonvilles circonstancielles créées par une main d’œuvre en quête d’emploi.

 

En regardant ce documentaire un silence étrange m’a envahi. Plein de questions ont envahi ma tête au fur de l’évolution du récit. Et j’en avais voulu au réalisateur à qui j’avais très rapidement fait de coller le qualificatif de salle raciste qui a fait un documentaire malhonnêtement raciste sur l’Afrique. Autant de questions ont traversé ma petite tête:

 

Pourquoi montre – il un aéroport plein de mouches qu’il montre d’ailleurs en zoom – avec un agent de l’aéronautique qui passe tout son temps a somnoler au lieu de rester vigilent pour guider les avions. Pourquoi insiste – il sur les fissures qui sont présentes partout sur la piste ? Est-ce une façon de généraliser pour montrer le danger que courent ces appareils volants des occidentaux qui prennent le risque d’atterrir sur les pistes d’Afrique ?

 

Les africains qui sont dans le films sont des personnes en mauvaises conditions de vie : des pêcheurs chétifs mal nourris alors qu’ils pêchent eux mêmes du bon et gros poisson, des enfants de la rue, des villageois qui souffrent du sida et qui apparemment éprouvent du plaisir se transmettre le virus. Des inconscients donc.

 

Parallèlement, on voit des «beaux et gros» russes. Très gros….eux ils ne souffrent pas de la malnutrition parce qu’ils mangent du bon poisson Tanzaniens. Ils s’amusent avec des jolies Tanzaniennes en buvant la bonne bière. Ils célèbrent la vie.

 

Plus loin mon sentiment de colère pour le réalisateur sera accentué quand je vois des femmes aller à la recherche des squelettes du poisson pourris sur lesquels courent des asticots. Et ces braves dames sont des femmes de ces mêmes hommes qui pêchent du poisson pour acheminer vers l’occident.

 

Est-ce pour renforcer les stéréotypes développés par les occidentaux sur l’Afrique que le cinéaste a réalisé « le Cauchemar de Darwin ».

 

Plus tard dans mon lit, je rentrais plus profondément dans ma réflexion sur les motivations du documentaire « le Cauchemar de Darwin ».

 

Lors des indépendances africaines nos leaders ont trop promis. Mais rien n’a été réalisé. L’Afrique se délabre au jour le jour au point que les infrastructures laissées par la colonisation sont sur le point de destruction total. Pourtant ces richesses tant en sous sol qu’en ressources humaines sont toujours là. Aucune politique pour la reconstruction de l’Afrique n’est mise en place par la nouvelle génération de leaders africains.

 

Le réalisateur montre des images réelles. Il n’y a aucune image qu’il a crée. Les personnes photographiées sont réelles. Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une fiction. A qui la faute alors ? A celui qui montre la vérité ou celui qui fait que la situation soit comme elle est !

 

Aujourd’hui les leaders africains sont en grande majorité corrompus. Dans mon pays, alors que le bien communautaire est en état de délabrement, prenons le cas des routes qui sont pleines les trous, nos présidents et ministres construisent des villas qui valent des millions de dollars. Le taux de chômage va croissant et le coût de la vie devient cher. Les hommes trouvent plus difficile à trouver de quoi aider les familles, à pouvoir joindre les deux bouts. Mais pour les filles, comme on envoie dans le « Cauchemar de Darwin » elles ont un moyen plus facile pour gagner de quoi mettre sous la dent et les russes et les autres blancs riches en profitent.

 

Mais la responsabilité n’incombe pas seulement à nos leaders corrompus et sans vision. La jeunesse africaine en porte aussi la responsabilité. Aujourd’hui l’Etat des lieux est comme tel décris dans « Cauchemar de Darwin ». Nos leaders historiques en portent la responsabilité énorme. Ils n’ont pas su mettre en place une planification pour l’avenir de l’Afrique. Mais aujourd’hui – il fuit autant en masse l’Afrique pour l’occident. N’est ce pas là vouloir trouver le salut dans la fuite. Ce qui dans mon sens n’est pas de nature à donner de l’espoir à l’Afrique.

 

Les élites jeunes africaines dont les études ont été payé tant bien que mal par les gouvernements aujourd’hui se font passés pour des clandestins pour franchir et aller en Europe, le Canada ou Etats-Unis. Que vont – ils faire ? Ils vont faire ce que les autres appellent des salles boulots. Certains travaillent dans les toilettes, ou cultivent dans les champs et j’en passe. Ils sont agronomes mais ils vont cultiver dans les champs en Espagne. Ils sont docteurs mais ils vont nettoyer dans les toilettes en occident ! Pourquoi? Comment voulez vous que l’Afrique se développe quant il finance les études de ces fils qui en retour s’en vont avec tout le bagage faire des salles boulots en Occident ! L’occident devrait payer l’Afrique et les africains devraient rentrer mettre au service de l’Afrique ces matières grises que l’Afrique à aider à développer avec les moyens précaire dont elle dispose. Sinon, « les cauchemars de Darwin ne seront plus a Dodoma quand bien même on n’en trouve ailleurs mais il s’étendra sur toute l’Afrique sub – saharienne.

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4 responses

21 09 2007
meandme

Le droit a l’histoire, c’est du lourd…civilisation, postérité, en tous cas c’est la base de tout.
Bravo les abeilles
meandme

21 09 2007
FNOC

l’Afrique est là pourtant, elle nous manque…Bienvenus dans l’Humanité…
FNOC

24 09 2007
Connais tu ton histoire?

Qui a dit ? « il y a ceux qui veulent punir et ceux qui veulent changer les choses, nous avons choisi de changer les choses ? Gandhi

Qu’est ce que la colonisation en Afrique ? Vouloir y construire une civilisation autre qu’africaine.

Qu’est-ce qu’un “No-Wherians” ? Un Sans identités, sans terre.

NOUS SOMMES RICHES !!!…

« Ils nous ont appris à prier leur Dieu et leur argent les yeux fermés. Lorsque nous les avons rouverts, nous avions la honte des hommes sans racines nos mains et ils avaient notre terre et notre dignité dans les leurs. »

5 01 2008
Mint rabia

« Le cauchemar de Darwin » n’est qu’un documentaire parmi les nombreux documentaires qui nous exposent le profitage de l’occident envers le continent d’Afrique noir.
Un documentaire ou le continent d’Afrique « noir » est encore presenté comme « victime ».
Mais quand est-ce que les africains(noirs) »victimes » tirerons des messages de tous ces documentaires representants la violation de leur continent, pour établir une reflexion aux fins des actions a mener pour le changement de cet etat de fait?
Etat de fait du au manque de l’instruction et de l’education en afrique.
Je fais appel à toi africain, africaine noir de la diaspora africaine.
Je fais appel à toi, homme blanc, rouge, jaune.
Je fais appel à toute Homme consciencieux, de soutenir d’une façon ou d’une autre, l’education en afrique.
Car seul l’education, l’instruction pourra hoter l’obscurantisme du peuple noir afin qu’il puisse prendre en main son destin.

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