Event 3 – Mai 68 et l’Afrique

 

 

 

AU SENEGAL

En mai 1968, Dakar, la capitale du Sénégal, a été le théâtre de manifestations d’étudiants et de travailleurs sans précédent dans l’histoire de ce pays et même en Afrique francophone.

Ayant participé, à l’époque, à la direction de la grève des étudiants et aux négociations avec le gouvernement, Abdoulaye Bathily, universitaire renommé et respecté, est bien placé pour proposer, documents à l’appui, l’explication des origines, du déroulement et des conséquences politiques de Mai 68. C’est pourquoi il apporte dans ce livre un éclairage original et pertinent sur des aspects mal connus de ces événements qui ont ébranlé les bases du pouvoir politique sénégalais et ont marqué tant d’intellectuels à travers l’Afrique.

Il décrit aussi avec précision, mais sans complaisance, les activités des associations d’étudiants, principalement l’Union des étudiants de Dakar (Ued) et l’Union démocratique des étudiants sénégalais (Udes), leur rôle dans ce qui fut une « première » universitaire et scolaire en Afrique francophone, à l’origine de l’émergence démocratique.

Les causes de cette crise font l’objet d’interprétations controversées. Le président Senghor dans son discours radiodiffusé du 30 mai 1968 accuse les étudiants de Dakar de « singer » leurs homologues français. Il présenta la contestation comme « la conjonction d’une vieille tendance étudiante, qui était hier, trotskiste et anarchiste, maintenant maoïste, d’une part, et d’une poignée d’ambitieux, dont certains sont au service du capitalisme international le plus rétrograde ». pour lui, Mai est la manifestation d’un complot ourdi par une « opposition fabriquée de l’étranger et téléguidée de l’étranger » ; Sans les citer nommément, il faisait ainsi allusion aux Usa, « l’impérialisme le plus rétrograde » et à la République populaire de Chine, « l’impérialisme rouge ». A l’époque, les relations sénégalo-soviétiques étaient au beau fixe, matérialisées par un important accord de pêche. En revanche, les relations sénégalo-américaines étaient au niveau le plus bas. Par ailleurs, le gouvernement n’avait pas encore reconnu la Chine de Mao Tse Tsoung….

Les étudiants universitaires contre Mobutu AU CONGO

Le 4 juin 1969, les étudiants universitaires de Kinshasa décident de manifester contre le régime de Mobutu. En rangs serrés, ils se sont déferlés sur la capitale congolaise où l’armée les attendait de pied ferme. La répression est féroce. Officiellement on annonce six morts, en réalité on dénombre une centaine. Que s’est-il passé ? Le Président Mobutu répond :  » Ce mercredi 4 juin à 4 heures du matin, alors que la population laborieuse s’apprêtait à gagner son lieu de travail, des bandes d’étudiants déchaînés surgissaient de tous les coins, brandissant des pancartes, des cocktails Molotov et des grenades, et prêts à tout détruire sur leur passage. Le fait qu’ils sortaient de toute part et étaient aussi armés prouve que leur action

débordait le cadre d’une manifestation estudiantine normale, alors qu’une marche pacifique encadrée par des forces de l’ordre aurait suffi. Toujours est-il qu’aux sommations des forces de l’ordre, certains jeunes gens perdus, poussés par je ne sais quoi, ont utilisé leurs cocktails Molotov et leurs grenades, ce qui a provoqué la réaction que l’on sait des forces de l’ordre. Tels sont les faits que nous avons appris avec beaucoup d’affliction… « 

C’est clair, le Président est dans tous ses états. Mais la période est celle de bonnes relations avec les Gouvernements occidentaux. Et quand on connaît le tempérament du chef de l’Etat, on ne peut s’étonner. En Belgique l’opinion est sensibilisée. Le journal La relève dans sa livraison des 27, 28 juin 1969 accuse Mobutu. Pour elle,  » tous les récits des événements concordent sur plusieurs points. Le nombre des victimes des fusillades dépasse la centaine. On dit que le Président Mobutu est altéré par ce qui s’est produit. On le comprend, car les conséquences sont immenses. La rupture entre le régime et toute la jeunesse étudiante est aujourd’hui totale. »

Pendant que le Président dénonce  » l’ingérence  » de la Belgique  » et  » la conspiration du silence  » l’Union Général des Etudiants du Congo (UGEC) appuyée par d’autres mouvements d’étudiants africains et européens, lui adresse une motion qui témoigne du bras de fer entre  » le Papa et ses enfants ». « Après l’assassinat d’étudiants congolais à Kinshasa en date du 4 juin 1969, par la soldatesque de Mobutu, nous étudiants congolais, africains, belges et étrangers de toutes nationalités, exprimons notre solidarité entière et indéfectible avec le peuple congolais contre le régime fasciste qui s’installe au Congo. Nous rendons hommage solennel à la mémoire des vaillants étudiants congolais lâchement assassinés. Nous exigeons l’ouverture immédiate de l’Université Lovanium et autres écoles. Nous exprimons notre détermination à poursuivre la lutte auprès des masses congolaises jusqu’à la victoire finale.  » Pour le régime, il y a de la « subversion » dans la demeure. Les étudiants sont  » manipulés « . C’est le ministre de l’Education nationale Mario Cardozo qui l’a déclaré à la [presse (Le progrès du 13 juin 1969) Pour le ministre de l’Intérieur J. N’Singa Udjuu, ce genre d’événement relève « D’une nouvelle méthode, mieux d’une tactique minutieusement conçue dans l’intention de troubler la stabilité et de créer un climat d’insécurité profitable aux ennemis de la République » (Le Courrier d’Afrique du 20 juin 1969).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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