LES DÉFIS DE L’AFRIQUE : L’AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE. by L’APICULTEUR

30 09 2012


Les discussions que nous avons ici sur le plan culturel et historique sont capitales pour le développement de l’Afrique mais elles ne prendront de sens que lorsqu’elles seront vulgarisées à l’échelle de la société. Or des populations qui connaissent la faim, des enfants surtout, ne seront jamais dans les dispositions nécessaires à l’assimilation de ces connaissances. L’émancipation intellectuelle à laquelle le pays doit aspirer se fera seulement si une masse critique d’africains ne connaît plus la faim. Le premier besoin d’un être humain est de se nourrir et nous verrons dans les lignes qui suivent les contradictions des économies africaines sur ce point et les leviers qui peuvent être activés pour parvenir à l’autosuffisance.

Une économie connaît presque toujours 3 phases de développement qui se succèdent et se chevauchent jusqu’à l’avènement du bien être pour tous. La première phase du développement repose sur le secteur primaire, c’est à dire l’agriculture. Le préalable vitale consiste à donner à manger à la population et toute économie qui part de zéro doit d’abord assurer la suffisance alimentaire à sa société. Quand elle arrive à se nourrir sans recourir à l’importation, on parle d’autosuffisance.

La deuxième phase repose sur le secteur secondaire, c’est-à-dire l’industrie. Le peuple nourri transforme les ressources de la nature pour bâtir des infrastructures nécessaires à son développement, telles que les habitations, les écoles, les hôpitaux et les moyens de transport essentiellement. La troisième phase enfin s’appuie sur les services. La nation suffisante sur le plan alimentaire et industrialisée a envie de se distraire et c’est à ce moment qu’interviennent les loisirs, les médias de divertissements etc…

Les économies africaines sont des économies qui doivent pour la plupart partir de zéro. On en est donc au stade primaire. La faim frappe régulièrement chez nous alors que nous sommes bénis par une abondance de terres fertiles et Thomas Sankara a réussi à nous prouver que nous n’avons pas besoin d’importer la nourriture. Nous ne pouvons pas nous plaindre du matin au soir du fait que les chinois s’accaparent nos terres quand nous-mêmes ne faisons pas grand-chose d’elles.

On sait à quel point le travail de la terre est souvent mal vu en Afrique. Les jeunes africains, noyés dans le modèle d’une économie de services que projettent les médias occidentaux, font pour beaucoup des choix de carrière qui répondent mal aux besoins du terrain. C’est aberrant de voir tous les jeunes qui font des études de marketing par exemple alors que le continent a besoin en priorité d’agronomes et de techniciens.

Un autre obstacle à l’autosuffisance alimentaire est la cupidité des producteurs et des vendeurs. Nous vivons aujourd’hui dans un système féodal emprunté à l’occident, où la terre est un bien privé, alors que dans le MPA (le mode de production africain), elle appartient à tout le monde. En attendant que ça change, c’est d’une génération différente de propriétaires terriens dont nous avons besoin.

Je n’oublierai jamais les agriculteurs qui stockaient les sacs de céréales au Niger pendant que la famine décimait les enfants, dans le seul but de spéculer, c-à-d de faire grimper le prix de leurs productions. Il faut moraliser le secteur et la Maât peut aider dans ce sens, car elle interdit la spéculation sur le grain. Moi qui ai vécu dans une grande ville où un doigt de plantain coutait jusqu’à 100 francs CFA, il m’a suffit d’aller en campagne où le même doigt, revendu, coutait 25 francs CFA. Beaucoup de vendeurs se font donc des marges bénéficiaires exorbitantes et on se rend compte qu’il est tout à fait possible de faire baisser les prix.

Si vous pensez à travailler la terre dans le seul but de vous enrichir de manière excessive alors que le panier de la ménagère s’allège un peu plus, alors vous êtes nuisibles à l’Afrique. Le producteur comme le vendeur doit pouvoir s’enrichir de manière modérée et il doit être motivé par la volonté d’enrichir la société en lui permettant d’être suffisante sur le plan alimentaire.

En résumé selon moi, nous devons partir à l’assaut de nos terres, nous devons nous doter de connaissances en agronomie et il faut faire baisser considérablement les prix en minimisant les bénéfices des producteurs et des vendeurs que beaucoup d’entre nous serons.

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LA REINE NDATE YALLA MBODJ. By Sidya Léon Diop

19 09 2012


La linguère Ndaté Yalla Mbodj (1810-1860) est la dernière grande reine du Waalo, un royaume situé dans le Nord-Ouest de l’actuel Sénégal.
C’est une héroïne de la résistance à la colonisation française dans l’Afrique de l’Ouest du xixe siècle. Elle est la mère de Sidya Léon Diop – ou Sidya Ndaté Yalla Diop – qui deviendra à son tour l’un des plus grands résistants à la colonisation du Sénégal.

Succédant à sa sœur Ndjeumbeut Mbodj, elle s’est battue avec acharnement à la fois contre les Européens et les Maures.
Elle est officiellement couronnée reine du Waalo le 1er octobre 1846 à Nder, la capitale. Dès le début de l’année 1847, elle se heurte aux autorités françaises et réclame un droit de passage pour les Soninkés qui approvisionnent Saint-Louis en bétail.
L’abbé Boilat, reçu en grande pompe par la reine le 2 septembre 1850, décrit sa demeure dans Esquisses sénégalaises.
En février 1855, alors que les colonnes de Faidherbe sont entrées au Waalo avec 15 000 hommes, la linguère s’adresse ainsi aux principaux dignitaires de son pays:

« Aujourd’hui nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les tiédos du Walo, si vaillants guerriers soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers ? »

« Ce pays est à moi seule! » Lorsque les Français arrivent au Sénégal en 1855 pour le coloniser, la première force de résistance qu’ils rencontrent est une femme. Son nom: Ndaté Yalla Mboj. Alors qu’en France la citoyenneté féminine ne sera reconnue que 90 ans plus tard, ce n’est pas sans surprise que les Français découvrent cette femme au beau visage, à la corpulence forte et à la tête d’une immense armée.

Pour comprendre l’histoire de cette femme au courage absolu, il est nécessaire de rappeler qui était sa famille. Ndaté Yalla vient de la famille Tédiek, une famille qui s’est enrichie au cours de son long règne en accumulant une fortune et des armes grâce à des échanges avec les comptoirs français.

Notez qu’en ces temps là, les souverains sénégalais des Royaumes Wolofs portaient le titre de « Brack« , et les mères ou soeurs des souverains étaient appelées « Linguères« . Les linguères pouvaient succéder aux souverains et certaines dirigeaient elles même leur armée.

A la mort du Brack Kouly MBaba Diop en 1816, sa cousine la Linguère Fatim Yamar Khouriaye Mbodj lui succède et décide d’élir son mari Amar Fatim Borso Brak du Waalo. C’est la première fois qu’une Linguère est en même temps l’épouse d’un Brack. Les Linguères étaient préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement. Elles étaient formées au métier des armes et savaient défendre le Royaume, même en l’absence des hommes.

Un exemple est celui des Evènements de Nder:

le mardi 7 mars 1820 le Brack se trouve dans la ville de St Louis pour s’y faire soigner en compagnie des hauts dignitaires de sa cour. Les guerriers des deux états voisins, les Maures, profitent alors de son absence pour attaquer la capitale, mais ils reculent très vite face à la riposte d’un groupement de femmes téméraires armées jusqu’aux dents et dirigé par Fatim Yamar elle-même. Lorsque les guerriers vaincus retournent chez eux, leur orgueil leur pousse à revenir et à finalement venir à bout de ces femmes. Cette fois, l’armée féminine ne tient pas face aux hommes, mais la Linguère et ses compagnes préfèrent se brûler vives plutôt que de faire face au déshonneur. Fatim Yamar décide de tout de même faire échapper ses deux filles de 10 et 12 ans, Djeumbeut et Ndaté Yalla, afin de perpétuer sa lignée. Eduquées en guerrières, les deux filles dirigeront plus tard le royaume.

Sidya Léon Diop