ENTRE DISCRIMINATIONS ET INTEGRATION. BY KHALED KEKAL

26 03 2012

Le 11 juillet 1995, Kelkal était impliqué dans l’assassinat de l’Imam Sahraoui, dans sa mosquée à Paris. Sahraoui était considéré comme un modéré par rapport au GIA . Le 15 juillet 1995, il participe à une fusillade contre des gendarmes à Bron avec son ami Karim Koussa. Le 25 juillet 1995, il est impliqué, avec Boualem Bensaïd, dans le groupe qui pose une bombe à la station Saint-Michel – Notre-Dame de la ligne B du RER parisien. Cet attentat fait huit morts et 117 blessés. Le 17 août 1995, il est impliqué dans un autre attentat sur la place de l’Étoile à Paris où une bombe blesse dix-sept personnes. Le 26 août 1995, il est impliqué dans un attentat raté contre la ligne TGV Paris-Lyon, où ses empreintes digitales sont relevées sur une bombe qui n’explose pas. Khaled Kelkal devient l’« ennemi public n° 1 » en France et 170 000 affiches signalétiques le représentant sont diffusées. Malgré la traque dont il fait l’objet, Khaled Kelkal parvient à commettre encore deux attentats : le 3 septembre 1995, une bombe défectueuse explose dans un square parisien et fait quatre blessés ; et le 7 septembre une bombe placée dans une voiture garée en face d’une école juive de Villeurbanne fait quatorze blessés

Depuis le début des attentats, le ministre de l’Intérieur est sur le pied de guerre. Jean-Louis Debré tient trois réunions quotidiennes avec la PJ, les RG, la DST. La « mise sous pression » de Kelkal va payer, il est repéré le 27 septembre dans la forêt de Malval, sur une colline près de Lyon, par des cueilleurs de champignons. La police est reçue par des tirs de fusil à pompe de la part de Karim Koussa, tandis que Kelkal s’enfuit.

Le 29 septembre 1995, Khaled Kelkal est localisé près de Lyon, au lieu-dit « Maison Blanche » à Vaugneray. Il tente de résister et il est abattu par les gendarmes de l’EPIGN.

La mort de Kelkal a été filmée par une équipe de télévision. Une polémique est soulevée sur les conditions exactes de sa mort. Alors qu’il est à terre et blessé, un gendarme crie à l’un de ses collègues « Finis-le, finis-le ». Cependant, il semble que Kelkal, bien que blessé aux jambes, ait continué à viser les gendarmes avec son arme.

Kelkal est enterré à Rillieux-la-Pape.





Les philosophes et la guerre des sexes. By Claire Chartier

11 03 2012

INTERVIEW AVEC TALIKPETI NASSER, THIBAULT WERY, VERTENOEIL MANON, BOUCQUEY RAPHAEL, ERNELLE HOFFELT, VINCENT DEKOCK.

Les grands penseurs n’ont pas forcément brillé par leur esprit critique lorsqu’ils se sont penchés sur la relation homme-femme et la question de la différence sexuelle. A l’heure où la question fait rage chez les féministes, SHASHAMANE a replongé dans les textes. Et ressorti quelques perles.

Les philosophes ont longtemps considéré la femme comme inférieure à l’homme. Ici Platon, Confucius et Aristote.

C’est un grand homme. Un observateur génial de la nature. Un penseur dont la métaphysique influença toute la tradition occidentale. Aristote, figure mémorable de l’Antiquité grecque, décrète, dès le IVe siècle avant Jésus-Christ, que la femme n’est qu’un vulgaire « réceptacle » à la substance fécondante du mâle. De quoi plomber durablement toute réflexion philosophique sur l’homme, la femme et leur duo épouvantablement compliqué. Deux mille ans et quelques révolutions métaphysiques plus tard, Arthur Schopenhauer, autre esprit a priori éclairé, se montre tout aussi flamboyant de misogynie: « Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d’intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes filles aspirant à le devenir, et que l’on formerait non à l’arrogance, mais au travail et à la soumission », écrit ce chantre de la polygamie dans son Essai sur les femmes (1851).

Il en aura fallu, du temps, des livres et des suffragettes, pour que les beaux esprits considèrent la femme sous un autre angle que celui de ses ovaires ou de ses transports affectifs et qu’ils se penchent sur ses relations avec son alter ego masculin. Et dire qu’aujourd’hui le public se passionne pour la question! 300 000 personnes ont couru voir la pièce, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, adaptée du best-seller de l’Américain John Gray. Ils sont aussi des centaines de milliers à chercher dans les manuels de psycho comment danser le tango conjugal sans trop se marcher sur les pieds.

Ce sont les mâles qui sont créés directement par les dieux et à qui l’âme est donnée. […] Ce qu’une femme peut espérer au mieux est de devinir un homme. Platon, Timée .

Chez les philosophes, en revanche, le thème n’intrigue que depuis les années 1940. Merci au Castor, Simone de Beauvoir, bien sûr. Pouvait-il en être autrement? « La philosophie occidentale a été inventée par des hommes, son histoire s’est écrite comme une métaphysique de l’Un, et ce Un est masculin, résume Cynthia Fleury, philosophe de formation et chercheuse à l’Institut des sciences de la communication du CNRS. L’homme est à la fois au centre et au sommet. » S’agissant des deux sexes et de leurs destins mêlés, la plupart des grands auteurs ont, en réalité, allègrement reproduit les préjugés de leur époque. Patriarcat, quand tu nous tiens! Les Athéniens du ve siècle avant Jésus-Christ ont imposé la loi du « tout-masculin »? De Xénophon à Rousseau, en passant par Spinoza, la femme sera tenue de s’en tenir à ses pénates. Geignarde, pipelette, victime de ses nerfs, elle ne saurait aspirer à d’autres fonctions que celle d’assurer le bien-être de son époux. A l’homme la raison, l’intelligence, le courage moral, la capacité d’accéder au sublime et les rênes du pouvoir. A la femme le fardeau de la chair et du ménage, les passions bassement terrestres. Les échanges entre les deux sexes intéressent peu, puisque c’est de l’élévation de l’homme que l’on s’occupe.

Simone de Beauvoir impose les relations hommes-femmes comme sujet philosophique. La philosophie confisque à la femme la naissance des âmes.

La distinction sexuelle est présente dès l’Antiquité, mais « plutôt comme une donnée de la nature que l’on ne discute pas », explique l’enseignant Jean Montenot, auteur d’une Encyclopédie de la philosophie (Pochothèque). Platon, par exemple, divise le genre humain en mâles et femelles comme les nombres pairs et impairs, dans La République. Mais ces nombres ne sont pas équivalents entre eux. Aux yeux d’Aristote, la femme est ontologiquement, c’est-à-dire par nature, inférieure à l’homme. Plus proche de l’enfant ou de l’animal, faite pour être gouvernée par le sexe fort, incapable de transmettre autre chose que la « forme » de la vie à l’embryon, et non son « essence » -prérogative exclusivement masculine. Pis: la « femelle », comme la nomme le philosophe grec, s’apparente à un « monstre » lorsqu’elle est engendrée à la place d’un mâle. Chez Platon, la démonstration biologique tourne même explicitement au hold-up. La femme accouche les corps? L’homme -Socrate, en l’occurrence- accouche les « âmes ». Il engendre. En bonne logique platonicienne, qui scinde matière et esprit pour parvenir à l’Idée pure, la femme n’a donc aucun intérêt. « Dans les dialogues platoniciens, Socrate est finalement le seul à détenir la véritable fécondité, explique Cynthia Fleury. Par cette substitution magnifique, cette terrible ruse inaugurale, la philosophie, dès son origine, confisque à la femme la naissance des âmes. Rien que cela!

L’obscénité du sexe féminin est celle de toute chose béante: c’est un appel d’être, comme d’ailleurs tous les trous. Sartre, L’Etre et le Néant .

Dans Le Banquet, c’est pourtant une digne représentante de la gent féminine, Diotime, qui initie Socrate au secret d’Eros. « Lorsqu’il rencontre une femme exceptionnelle, Socrate aime philosopher avec elle », confirme Frédéric Lenoir, auteur de Socrate, Jésus, Bouddha (Fayard). Mais Diotime n’a rien d’une femme ordinaire: elle est prêtresse à Mantinée. « D’ailleurs, note le spécialiste des religions, au moment de sa mort, Socrate demandera que toutes les femmes quittent la pièce pour rester avec ses compagnons masculins. » Diotime révèle aussi que le seul amour qui mène à l’idée du Bien est celui pratiqué… entre hommes. On n’en sort pas.

Il faut attendre les Lumières pour que la question de l’égalité des droits entre les sexes se pose.

Le christianisme aurait pu faire bouger les lignes, Jésus prônant l’égalité des deux genres humains devant Dieu. Mais ses penseurs furent loin d’estimer que la règle valait aussi pour l’ici-bas. « Cependant, je veux que vous sachiez, décrète saint Paul, que l’origine de tout homme, c’est le Christ; l’origine de la femme, c’est l’homme; l’origine du Christ, c’est Dieu. » (I Corinthiens, xi, 3). « Si les préjugés culturels n’ont été que très rarement critiqués par les philosophes avant l’époque moderne, à l’exception peut-être des préjugés religieux, c’est sans doute parce que l’objet premier de la philosophie est l’exploration de la condition humaine en tant que telle, bien plus que celle de la condition sexuée de l’homme, rappelle néanmoins Jean Montenot. La relation homme-femme renvoie en outre à la jouissance sexuelle, et celle-ci est considérée comme relevant de la partie animale de l’être humain. La philosophie occidentale a toujours eu fortement tendance à escamoter cette dimension de l’existence. »

La femme correspond au second dessein de la nature, de même que la putréfaction, la difformité et la décrépitude. Thomas d’Aquin .

Bien sûr, l’histoire ne s’arrête pas là. Dès l’Antiquité, certaines idées subversives réussissent à percer le carcan. Platon lui-même reconnaît à certaines femmes d’exception la capacité et le droit d’être gardiennes de la cité, au nom du bien de l’Etat. Dans le Jardin d’Epicure, on croise aussi quelques dames jugées aptes à philosopher. L’une d’entre elles, l’accorte Léontion, dirigera même un temps l’Ecole, avant que des rumeurs de bacchanales ne missent un terme à l’expérience. A la Renaissance, poètes et artistes n’ont d’yeux que pour leur Muse. Mais il faut attendre les Lumières pour que la question de l’égalité des droits entre les sexes finisse par se poser. L’époque est à la recherche du bonheur sur terre, en attendant celui, hypothétique, au ciel. Et sur terre se trouvent… les femmes, cantonnées depuis des lustres à leur royaume domestique. Foin des théories aristotéliciennes! « Les philosophes commencent à dire qu’il n’y a pas de différence d’essence entre les deux sexes, mais une différence d’usage, de culture », explique Cynthia Fleury.