DE LA TRADITION ORALE A L’ECRITURE, LES DÉFIS ET LES NÉCESSITÉS ACTUELS. BY IRATUNGA Didier

25 12 2010

DE  LA TRADITION ORALE A L’ECRITURE, LES DÉFIS ET LES NÉCESSITÉS ACTUELS

Au cours de l’histoire de l’humanité, divers faits varient suivant un rythme. Des structures sociales, religieuses, politiques,… aux divers moyens d’expression artistique et intellectuelle, on observe un changement incessant. La culture est appelée à se détacher de la nature d’où son dynamisme. La culture varie dans le temps et dans l’espace durant l’histoire et suivant les sociétés. Les sociétés n’évoluent pas de la même manière et au même rythme.

L’histoire des sociétés plus avancées est au début de tradition orale. L’Iliade et l’Odyssée nous le montre bien. Les doctrines des grandes religions ont été transmises par leurs fondateurs d’abord oralement. Jésus et Mahomet n’ont pas donné des livres de religions mais ceux-ci ont été rédigés progressivement par leurs disciples. La vie et la philosophie de Socrate sont contenues dans les ouvrages de ses disciples.

L’Afrique n’échappe pas à la tradition orale. Nul n’ignore qu’en l’absence de sources écrites, l’histoire se base sur les sources orales. Les épopées et les légendes relatent la vie des héros, les contemporains de nos rois et de nos princes parlant de leurs expériences. Les fables, les contes, les poésies pastorales les chants de circonstances et autres sagesses ancestrales servent à détendre les gens , à les instruire moralement sans oublier relater leur vécu quotidien et leurs activités.

La tradition orale n’épargne pas non plus le Burundi car faisant partie  intégrante de l’Afrique. Nos parents et nos grands-parents ont attendu la cuisson de la nourriture le soir en écoutant les contes et les fables. Ils ont gardé le bétail et appris les poésies pastorales. Nos grands-mères ont chanté des berceuses portant nos parents sur  le dos.

Même si l’école moderne n’existait pas encore pour nous apprendre à lire et à écrire, la famille et l’entourage étaient là pour éduquer et instruire. Le père tenait toujours de faire de son fils un homme responsable et valeureux. La mère tenait à faire de sa fille une femme respectueuse et respectable. L’entourage quant à lui était appelé à veiller sur l’enfant d’autrui en l’absence de ses parents. Dès le bas âge, les parents apprenaient à leurs enfants les tâches appropriées à chacun : garder le bétail, travaux de ménage, travaux champêtres, s’occuper des bébés,…

Malgré l’inexistence de l’écriture, les divers moyens d’expression orale et ont été transmis depuis les temps immémoriaux de génération en génération et de bouche à oreille. Les grandes bibliothèques n’existaient pas encore dans nos villes, les écoles n’étaient pas encore disséminées ici et là dans le pays, les médias n’existaient pas encore. Les générations précédentes ont su léguer un  riche patrimoine aux suivantes.

L’histoire réserve toujours des surprises. Les peuples n’échappent pas au contact avec d’autres. Les contacts commencent d’abord entre peuples voisins. Nos rois ont entretenu des relations d’amitié avec ceux des royaumes voisins. En plus des relations d’amitié, il ya eu des guerres de conquêtes et des invasions. Qui n’a jamais entendu parler  des conquêtes de Ntare Rugamba ou appris le cours d’histoire à l’école? De même que les résistances de Mwezi Gisabo contre les envahisseurs. Ensuite, les peuples plus ou moins éloignés entrent en contact. Les Romains ont fait des conquêtes. L’Islam a conquis le Moyen-Orient et l’Afrique du  Nord. Les européens ont créé des empires coloniaux au-delà de l’Atlantique et de la Méditerranée.

Les européens sont arrivés au Burundi  au dix-neuvième siècle en nous  apportant pas mal de nouveautés parmi lesquelles l’école pour nous apprendre à lire et à écrire. Un autre moyen d’expression voit le jour : l’écriture. Les défis à implanter  l’école dans nos sociétés sont nombreux. Qui gardera le bétail ? Qui va aider dans les diverses tâches ménagères ? Qui aidera dans les champs ? Puisque les enfants vont passer des journées à l’école. A cela s’ajoute les autres charges : matériel scolaire, uniformes, frais de scolarité,… L’école c’est pour les enfants paresseux, pour les enfants turbulents,… Les enfants travailleurs doivent rester aider leurs parents. Ces derniers oubliaient des fois qu’ils étaient entrain de préparer un avenir  meilleur aux enfants déconsidérés alors qu’ils opprimaient ceux admirés et aimés.  Monseigneur Stanislas KABURUNGU ancien évêque du diocèse catholique de Ngozi a confié au journal IWACU que son père l’avait envoyé à l’école pour se débarrasser car il était un enfant turbulent. La distinction entre garçons et filles reste un autre défi. Pas d’école pour les filles. Si on accorde des faveurs à nos sœurs, c’est le strict minimum c’est-à-dire l’enseignement de base ou encore plus l’enseignement technique.  Les autres défis sont entre autre sont que les adultes voulant étudier  sont peut-être jugés plus vieux pour suivre le même parcours que les enfants. Des fois apparaît aussi un certain complexe d’étudier ensemble avec leurs enfants ou ceux du même âge que ces derniers d’où l’alphabétisation sorte de scolarisation  moins poussée. A mon avis, l’alphabétisation ne suffit pas. Les gens âgés, s’ils ont la détermination d’étudier, doivent avoir les mêmes opportunités que les enfants et méritent même des encouragements. On voit actuellement des militaires démobilisés remettre l’uniforme scolaire. Des pères de famille suivent des cours du soir dans des universités privées pour multiplier leurs chances à l’emploi.

Dans des sociétés sans écriture au début, elle apparaît comme un apport des envahisseurs et des colonisateurs. Elle était même conçue comme un instrument d’acculturation et de négation de soi. D’une part c’est vrai car il ya des gens plus instruits qui méprisent leurs semblables. En apprenant la géographie et l’histoire par exemple, il naît une tendance à adopter les modes de vie des Européens ou des Américains alors qu’ils ne partagent pas les mêmes réalités. D’autres gens ayant eu la chance de voyager un peu vont jusqu’à oublier ou faire semblant d’oublier leur langue maternelle. Apprendre le français, l’anglais, le swahili,… est important pour les relations internationales mais oublier le kirundi est la négation de soi, de son histoire et de sa culture. D’autre part c’est faux. L’école en plus d’apprendre à lire et à écrire sert comme outil d’éducation. Les enfants apprennent obligatoirement l’obéissance, la propreté,  les Travaux Pratiques Agricoles. C’est aussi la clé de développement de la patrie.

En plus de l’instruction, l’information est une autre grande nécessité. Les gens ont besoin de connaître ce qui se passe aux alentours et pourquoi pas à travers le monde entier. Même les moins instruits ou les analphabètes sont capables d’écouter la radio et de regarder la télévision ce qui ne suffit pas comme outils d’information. Encore faut-il lire les journaux, lire les ouvrages divers, utiliser l’internet ce qui laisse comprendre que l’information ne se conçoit pas en grande partie sans alphabétisation, sans scolarisation.

Les bibliothèques sont en grades partie remplis d’ouvrages d’auteurs étrangers. Nous pouvons créer nos œuvres littéraires. Par exemple nos contes et nos fables peuvent être rassemblés dans des livres au même titre  les contes de Perrault et les fables de La Fontaine. Les poésies pastorales et les berceuses peuvent être recueillies à titre d’œuvres poétiques. Actuellement il n’est plus question de transmission orale de génération en génération, de s’asseoir autour d’un feu dehors, d’aller faire paître les vaches car les pâturages se font rares. Au moment où la famille se rassemble actuellement devant un poste de télévision et que le bétail tend à être nourri dans les enclos, faut-il savoir comment les choses se présentaient avant. Les générations actuelles et les générations futures ainsi que des étrangers ont besoin de connaître comment notre peuple a évolué au cours de l’histoire. Nous étudions l’histoire de l’Europe, de l’Amérique,… ainsi que leurs modes de vie. Les étrangers qui visitent notre pays seraient intéressés à connaître nos réalités, notre passé, …

Ainsi l’écriture apparaît d’une nécessite capitale.  C’est un outil de base car il s’apprend dès le début et ouvre vers d’autres horizons. Elle permet d’appendre et d’informer. Encore permet-elle de garder. C’est une source non moins importante de l’histoire car les paroles s’envolent mais les écrits restent. Pourquoi ne contribuerait-elle pas à sauvegarder notre patrimoine culturel et même à le faire connaître jusqu’au-delà de nos frontières ?

IRATUNGA Didier

 

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One response

22 08 2011
Böbedzang Kangaliye

être aimé est dangeureux, se faire aimer est mortel:demeurer soit voilà la solution s’il y’en a une.personne ne pourra mieux parler de nous que nous. qui,ne connait pas de proverbes ne connait pas ses racines. merci pour l’article

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