Comment faire rêver une jeunesse peu enthousiaste et atypique? By BITANGIMANA Lazare

20 12 2010

L’ANALPHABETISME, NOTRE ENNEMI

L’analphabétisme est l’ennemi numéro un du développement africain. Comment faire rêver une jeunesse en grande partie analphabète ? Comment faire aimer la lecture à celui qui ne sait même pas écrire son nom ? Comment inciter à la créativité ? Que pourrait-on faire pour une jeunesse alphabétisée mais peu intéressée par la lecture ? Dans le cas du Burundi, on lit autre chose que le livre. Lire et boire se confondent. Des centres de lecture même s’ils existent en petit nombre sont ouverts chaque jour : ils sont rarement pleins. Cette attitude n’est pas de nature à permettre de faire rêver, d’embarquer la jeunesse vers l’aventure, d’éradiquer complètement l’analphabétisme mais plutôt de permettre l’enracinement de la médiocrité. Comment, à partir d’une histoire lue parviendrait-on à créer sa propre histoire ? L’écrivain est un créateur d’histoires et des personnages . Il a besoin de lecteurs pour que les œuvres qu’il a produites lui assurent un revenu . Quelle serait la place d’un écrivain dans une société où le taux d’analphabètes est toujours élevé ? Comment pourrait-il tirer profit des œuvres qu’il a déjà produites ? La lecture c’est un loisir, dirait-on. Dans les milieux ruraux, le livre n’est pas mieux considéré. Il ne préoccupe pas beaucoup de personnes. Même un élève sachant bien lire et écrire, il n’en fait pas une préoccupation, il manifeste peu d’intérêt à la lecture (sauf quelque exception). Le milieu dans lequel on vit n’est pas de nature à permettre de consacrer son temps à la lecture si ce n’est par obligation. Vivre loin des centres urbains éclairés ne permet pas de faire quoi que ce soit. Par exemple un élève qui rentre de l’école doit faire une marche de plus d’une heure, les cahiers dans ses mains pour regagner la maison parentale perchée sur les collines couvertes d’épaisses plantations de bananeraies. A la maison, il s’occupe d’abord des travaux de la famille : puiser de l’eau au marigot, chercher du bois de chauffe, prépare à manger. Il ne songera qu’à la préparation de ses cours après ces travaux. Des travaux variés selon la région dans laquelle on se trouve. Des hauteurs du Burundi profond, un vieil homme gratte les cordes de l’inanga (une sorte de cithare traditionnelle). Des enfants accourent pour danser au rythme de cet instrument . Dans l’enclos, des chèvres attachées bêlent .Les voisins se réunissent pour se faire servir d’urwarwa (la bière de banane en kirundi). Le soleil se couche. Les hommes fragilisés par la fatigue des travaux des champs forment un cercle autour d’une cruche débordante, les chalumeaux entre les doigts. Des belles voix féminines entonnent une chanson qui est reprise par des hommes dont leur cadence craque le sol et soulève la poussière. Les vaches rentrent à l’étable. Derrière, un berger avec un bâton étendu sur ses épaules déclame un poème aux paroles flatteuses. Dans la cuisine, une femme presque étouffée par une fumée s’active énergiquement pour servir à manger à ses convives. Sa fille qui doit passer un test de contrôle le lendemain, aide sa mère.Attiré par le vacarme des danseurs, quelqu’un appelle de derrière l’enclos. C’est Monsieur le directeur. On lui fait un place .Il se penche sur la cruche et en fait une longue gorgée .Tous s’étonnent .La fille se cache dans la maison. Elle ne veut pas que Monsieur le Directeur constate qu’elle ne prépare pas ses leçons. Et pourtant, la nuit tombe déjà…. De nombreux jeunes des milieux ruraux vivent dans des conditions pareilles. Le milieu dans lequel on fait ses études influe beaucoup sur l’attitude à adopter devant un livre. Comment s’y prendre quand on doit étudier dans une école ne pouvant même disposer des manuels scolaires ou ne tenant pas dans les rayons de sa bibliothèque si elle existe d’un nouveau livre de lecture ? Que faire quand un professeur de français n’incite pas ses élèves à aimer le livre ? Ainsi donc être ou avoir été au banc de l’école n’est pas synonyme d’éprouver un besoin de lire. Il est facile d’identifier des personnes qui savaient lire et écrire mais qui commencent à oublier certaines lettres de l’alphabet. Les exemples de ce genre ne manquent pas, il suffit de pénétrer dans le Burundi profond ou dans n’importe quel autre coin reculé de n’importe quel pays africains. Il est facile de découvrir une personne sachant lire uniquement sans qu’il soit capable d’écrire. De telles personnes, je les ai vues de mes propres yeux. Toutes ces difficultés handicapent les initiatives visant la promotion des jeunes écrivains, les rares qui puissent exister. Construire une société, une jeunesse intéressée par le livre ; c’est imaginer les mécanismes à mettre en œuvre pour réussir le changement des mentalités qui doit d’abord être précédée par une amélioration des conditions de vie. La pauvreté ne permet pas de s’acheter un bon livre .Entre le livre et la ration journalière difficilement gagnée, on choisit de sauver la vie et de se passer aisément du livre. Comment alors dans de telles conditions de vie le livre serait-il aimé ? Quelle serait l’influence de la politique du livre dans une société où le livre ne parvient pas encore à se faire une place et que les rares journaux qui puissent paraître sont moins lus. Faut-il continuer dans la même logique ? Le président NYERERE disait « Le changement est la définition de l’Afrique ».Pourquoi continuer de vivre dans l’oralité alors que les rayons des bibliothèques foisonnent des livres variés? Quand les nouveaux outils de communication servent une information abondante ? L’oralité a caractérisé bon nombre de pays africains pendant une longue période ne disparaîtrait en un seul jour. Des sociétés qui ne connaissaient pas l’écriture avaient une façon à eux de sauver sa mémoire .Comment saurions-nous l’histoire du royaume du Rwanda si ce n’était pas grâce aux Biru, comment saurions-nous l’histoire des certains pays ouest africains si le griot n’existait pas ? Pourquoi se convaincre toujours que l’Afrique, berceau de l’Humanité , restera toujours le repaire de tous les maux ? Guerres civiles interminables, sécheresse, famines cycliques, extrême pauvreté, niveau de vie moins élevé,… N’a-t’on pas qualifié des sociétés sans écriture de sociétés sans Histoire ? Faudrait-il encore aujourd’hui continuer dans la même logique au moment où les traditions orales constituent une source de l’Histoire ? A partir de quelles références les explorateurs du 20è siècle allaient-ils se baser pour écrire ? Le changement tel qu’il a été souhaité par NYERERE n’est pas le fruit du hasard ou le résultat d’un simple coup d’une baguette magique .Ce n’est pas un phénomène brusque mais le résultat d’un long processus. « Les progrès de la scolarisation sont encore insuffisants. En Afrique noire, deux tiers des enfants sont inscrits à l’école mais ce chiffre cache une sous représentation des filles et une fréquentation irrégulière pour de nombreux élèves. Il faut dire que la gratuité, souhaitée par plusieurs dirigeants à l’indépendance n’est toujours pas réalisée.Et bien que le coût de l’école soit modique, il souvent excessif pour les familles pauvres, d’autant qu’il faut y ajouter le matériel scolaire, et parfois celui d’un uniforme. Quant à l’enseignement secondaire, il reste l’apanage des classes moyennes …» Certains pays africains ont initié une scolarisation gratuite dans les écoles primaires. Le BURUNDI en est l’un. Les enfants qui commencent l’école primaire à sept ans laissent derrière eux ,à la maison leurs frères qui n’ont pas eu cette chance. Le programme d’éducation pour tous est mis en application alors qu’ils dépassaient déjà l’âge recommandé pour être reçu en première année de l’école primaire . L’alphabétisation des adultes est aussi le programme du gouvernement. Dans les milieux ruraux, les adultes ne répondent pas massivement à l’enseignement. Une des causes c’est le complexe. Un parent dont tous ses enfants sont tous à l’école se trouve mal à l’aise quand il supplie ses enfants de lui rappeler les lettres de l’alphabet et les chiffres qu’il appris la veille mais qu’il a déjà oublié . Quand il s’agit de lire où d’écrire une lettre il doit faire recours à ses enfants. Malgré les problèmes liés à l’analphabétisme ,au manque d’intérêt à la lecture ou la créativité ,il naît petit à petit au Burundi une génération d’écrivains. Des concours sont organisés et des prix sont décernés aux lauréats. Un espace pour les jeunes écrivains est également ouvert. Ce qui a permis la naissance du CAFE-SAMANDARI .Une littérature typiquement burundaise naît petit à petit . En évoquant les handicaps du développement ,Je me suis beaucoup intéressé au BURUNDI . Le milieu rural où je suis né et où grandi .Ce n’est point parce que d’autres pays ne connaissent pas de tels problèmes .Il y a certes des problèmes généraux pour tous les pays et des problèmes particuliers à chaque pays .

BITANGIMANA Lazare

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