TOMBER A TOUT VENT. By Désiré Tuyishemeze

19 12 2010

TOMBER A TOUT VENT

Quand il n’ya plus d’ « autour du feu », papiers restant tout blancs que devient ma société ? Le monde évolue, la science progresse à tout allure et ne cesse de mettre la lumière sur des zones jusque là obscures apportant ainsi solutions aux divers défis auxquels l’humanité fait face. Les nouvelles technologies, jour et nuit rapprochent les locataires des cinq continents et rendent plus facile la vie de l’homme, la planète terre étant transformée en une sorte de village ; c’est la mondialisation, une mondialisation qui profite beaucoup à l’humanité et de nul ne peut se passer. Mais, fils d’un éleveur agriculteur originaire des hauts plateaux du Burundi qui a eu la chance de vivre quelques années avec son grand père, je me demande avec rancune ce que cette mondialisation ferra de ma culture.

A chaque occasion quand je n’étais pas allé apprendre la langue du blanc comme disait mon grand père, j’avais le plaisir de l’accompagner pour garder les vaches. Pendant tout le cours du soleil, il me racontait des belles histoires, des faits historiques, des mythes légendaires, des proverbes et me prodiguait des conseils de toute nature de sorte que je ne me rendais compte quelques fois de la disparition du soleil pour faire place à l’obscurité. C’était une école pour moi, une occasion d’apprendre ma culture et de mon histoire de la part de mon grand  père, véritable bibliothèque comme disait l’ancien président sénégalais Léopold Cedar  Senghor. J’étais très ravi d’apprendre ma culture et de prendre conscience des normes, des règles, des valeurs, des interdits et des pratiques diverses de la société, je passais de véritables séances académique en faculté d’histoire et de culture de la société de mon père dont le professeur était mon grand père. A  la tombée de la nuit, direction vers l’enclos, moi et mon grand père derrière les vaches nous tous contents d’avoir passé la journée ensemble. Arrivés dans l’enclos, voilà que de nouvelles séances d’apprentissage commencent cette fois-ci avec de nouveaux étudiants à mon côté ; mes frères, attendant que le repas soit prêt. On l’écoutait très attentivement, on lui posait des questions, on riait, on chantait ; que c’était agréable. Ainsi était transmise depuis belle lurettes la culture et l’histoire de ma société, une transmission orale du père au fils et de génération en génération.

Nos ancêtres ignoraient l’écriture pour perpétuer leur culture et leur histoire mais rien n’a été perdu, ils l’ont assuré par leur art oral, un art qui s’est montré efficace jusqu’à un certain moment pour pérenniser leur culture. Ils ont beaucoup tâché à ce que leur culture reste debout au milieu des autres cultures du monde entier. Adopter ces cultures pourrait faire souffrir notre culture à l’instar d’un jeune homme qui, à l’occasion du mariage de son ami préfère aller emprunter les chaussures laissant derrière les siennes pourtant en bon état. Oui, les chaussures de son voisin étaient neuves et brillantes,  mais elles  ne lui convenaient pas.

Assis au milieu des autres invités, les chaussures empruntées lui faisaient beaucoup souffrir qu’il a fini par vider les lieux. Entendez-moi bien. Ce n’est pas la phobie de la culture étrangère que je suis entrain de prêcher, loin de là. Mais voyez. Même le jeune homme ci-haut cité s’il avait été attentif à trouver une autre paire de chaussures chez n’importe qui de ses voisins,  mais à condition qu’elle lui plaise, il n’aurait pas enduré de telles souffrances et vivrait la fête de son ami en toute quiétude.

Aujourd’hui, les circonstances ont beaucoup changé. La guerre, la pauvreté, les maladies réduisent considérablement l’âge moyen de vie la population. Les diverses guerres dues parfois à la perte d’attachement à nos valeurs ont endeuillé nos sociétés, laissant des pratiques à notre culture et ont dispersé les membres de famille rendant ainsi impossible l’école culturelle d’ « autour du feu ». Mon village ne connait plus assez de gens du troisième âge détenteurs du savoir culturel comme à l’époque de mon enfance. L’impérialisme du monstre européo-nord américain, le capitalisme dévore insatiablement les valeurs qui ont depuis fort longtemps nos ancêtres  et assuré la cohésion de la structure sociale font que les parents et leur progéniture ne trouvent plus d’occasion  pour être ensemble autour du feu pour assurer la transmission. Le capitalisme nous a apporté le virus du chacun pour soi très hostile à la valeur de solidarité entre les gens qui a été une pierre angulaire pour la construction. Ainsi à l’avènement du capitalisme, la solidarité a été précipité dans un fossé et enterrée vive. Chacun a couru dans sa direction à la recherche de l’argent pour survivre et assurer la survie des siens. Les précieuses occasions autour du feu dans la famille pendant lesquelles s’assurait la transmission de la culture et l’éducation aux mœurs, coutumes et règles sociales ne sont plus possibles. Que les racines de ma société sèchent de plus en plus. Dans ces conditions, quels nouveaux comportements adopter pour sauvegarder l’honneur de nos ancêtres en pérennisant la culture qu’ils ont laissé. Le défi est là, la maison brûle et ne peut pas cacher la fumée. La culture de ma société souffre des virus qui l’envahissent de toute part des quatre coins de la planète terre. Nul n’ignore que notre pays et souvent classé par différents rapports internationaux parmi les pays pauvres de la planète terre et du système solaire en général. Mais, nos pays sont les greniers où puise pour ne pas dire où volent parce que j’ai peur de l’OTAN les pays dits riches. Le diamant en RDC, le nickel à MUSONGATI, le pétrole au NIGERIA, en ANGOLA, etc. ; partout en Afrique les richesses naturelles, partout en Afrique les guerres qu’attisent les impitoyables soi-disant civilisés Blancs pour exploiter nos richesses tranquillement. Je constate avec amertume que ce ne sont pas les potentialités qui manquent  à l’Afrique pour se développer  mas elles ne sont pas exploitées par l’ayant droit enfant de l’Afrique mais vont faire le luxe du Blanc d’autre mer. Ces richesses naturelles qu’engorge le sous sol africain au lieu de le développer le poussent dans la rue pour quémander pire encore quémandé à celui qui l’a volé. Les potentialités ne manquent pas à notre continent, elles servent aux industrielles, ils disent qu’ils ont envahi l’IRAK pour faire chute run régime dictateur, mon œil. Ils ont une folle soif du pétrole. Sans doute le lecteur ne manquera pas de se demander le pourquoi de toutes ces digressions politico- économiques dans une réflexion concernant la culture. Comprenez bien cette analogie. Il est certain, la transmission orale de génération en génération de notre culture n’est plus possible pour des raisons évoquées ci-haut citées comme à l’époque ; les conditions ne sont plus les mêmes. Mais alors, que font ceux qui ont été initiés à l’art d’articuler les mains tenant le tube  contenant l’encre ? dans les circonstances comme les présentes, ils sont les mieux indiqués pour assurer la tâche que remplissaient convenablement nos pères, celui de donner comme héritage,  leur culture et leur histoire à leurs descendants. Nous, jeunes d’aujourd’hui disposons d’un instrument pour rendre perpétuel notre histoire ; l’écriture et la lecture. Mais comme au chapitre des richesses naturelles africaines qui ne profitent jamais aux Africains même l’écriture et la lecture que nous avons acquises ne nous servent en rien en matière du devoir que nous avons envers notre culture et notre histoire, celui de la transmettre aux futures générations. Comme nos ressources ont toujours servi à autrui ça serait étonnant que le savoir de lecture et d’écriture que nous avons face exception. Nombre de jeunes gens de ma génération savent lire et écrire, mais qu’est ce que cela a servi à ma culture ? Au lieu de s’intéresser à peu d’ouvrages déjà disponibles sur l’histoire et la culture du Burundi et se déployer à enrichir davantage les bibliothèques, c’est par contre à la culture européenne à laquelle ils se sont avidement jetés fermant les yeux à la leur. J’ai le regret d’annoncer qu’à Bruxelles vient de se tenir un congrès international des différentes cultures du monde. Celle burundaise y était invitée. Elle a eu beaucoup de difficultés pour avoir du visa et autres documents pour ce voyage parce que les « civilisés »avaient honte de la voir traverser les océans et prendre place à côte des cultures étrangères. A la dernière minute, elle a pris le chemin pour Bruxelles après de longues difficultés pour trouver le ticket d’avion. Quelle mauvaise coïncidence. Un Blanc qui a été au BURUNDI dans les années 1940 et qui connait très bien la culture burundaise était au protocole. Quand la culture burundaise se présenta il la refoula disant qu’il connait bien la culture burundaise et que ce n’était pas en aucun cas celle qui se présentait. Quel malheur! Notre société sera ce que ses membres auront voulu qu’elle soit. Ce n’est pas le conservatisme mécanique que je défends mais quand on adopte des cultures étrangères, nous avons l’obligation de le faire après avoir consulté notre propre culture pour avoir son accord qu’elle peut coexister avec la nouvelle culture adoptée. Personne n’a le droit de marier quelqu’un à quelqu’une qu’il ne veut pas et même si on parvient à le faire, cette union aura des difficultés. Notre identité au milieu des autres sociétés du monde c’est notre culture. Chacun  a sa carte d’identité pour s’identifier,  la photo de sa face y est collée. Tenez.  Je n’ai jamais vu quelqu’un qui déchire sa carte d’identité argumentant que sa photo passe port n’est pas belle confrontée aux autres. Sauvegardons notre culture si non nous serons comme un arbre dont les racines sèchent et prêt à tomber à tout vent.

Désiré Tuyishemeze

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