Combien de jeunes burundais(es) ou africain(e)s connaissent leur histoire ? By NIYONGABO Aimé

22 11 2010

Aujourd’hui, il y a une prolifération des ouvrages d’érudition ou de vulgarisation concernant l’histoire de l’Afrique.

Les pays africains sont placés souvent au cœur de l’actualité internationale. Il est donc temps que les spécialistes de la diplomatie ou de la finance mondiale et même au grand public se posent des questions à leur sujet : « Qui sont ces Africains dont on parle tant ? D’où viennent-ils ? Qu’ont-ils fait dans le passé ?»

La connaissance d’un individu ou d’une collectivité, sans profondeur et sans épaisseur historique, reste très superficielle.

Les découvertes archéologiques étonnantes qui ont marqué ces derniers temps la recherche historique, en Afrique, soulignant le rôle majeur joué par ce continent dans l’émergence de l’humanité, continuent à attirer l’intérêt. Il existe une demande considérable pour l’histoire africaine et cela constitue un défi pour les historiens d’Afrique.

« Un peuple qui ne connaît pas son histoire ne peut comprendre le présent ni bâtir son avenir », disait HELMUT Khol, ancien Chancelier Allemand.

D’autres auteurs abondent dans le même sens et admettent bien qu’il y ait une histoire africaine, mais disent-ils : « Malheureusement, cette histoire, on ne la connaît pas et on ne la connaîtra sans doute jamais », en raison de la rareté ou de l’absence de documents écrits, car point de documents écrits, donc, pas d’histoire africaine.

KIZERBO a écrit que : « La vraie difficulté réside dans l’incapacité de la plupart d’historiens à renouveler leur attitude méthodologique. Il ressemble à un chirurgien qui s’entêterait à traiter les syndromes cliniques d’aujourd’hui avec le seul scalpel de praticiens du XVIIIe siècle. »

Certes, les documents écrits sont effectivement moins nombreux sur notre continent par rapport aux autres. Mais, même si les écrits relatifs au passé de l’Afrique étaient tous connus, l’image qui en résulterait serait nécessairement tronquée car, la plupart des documents ne proviennent pas des profondeurs même des peuples africains.

Ce n’est pas juste de dire que l’Afrique n’a pas d’histoire faute de documents écrits. La parole historique est antérieure aux documents écrits. Toute l’histoire du monde a été dite avant d’être écrite. Les livres les plus importants, à commencer par la Bible et le Coran, ont fait une tradition orale avant d’être consignés par écrit.

Les adversaires de la tradition orale disent de celle-ci que l’on dispose d’aucun système chronologique, ni absolu, ni parfois même relatif. Un auteur africain dit à ce propos : « il n’y a pas d’histoire sans un agencement de données dans leur séquence réelle, sans introduction du principe d’antériorité et de causalité des événements, les uns par rapport aux autres; donc, sans un minimum de dates. Il continue en disant que vouloir remonter la route du passé, sans repères chronologiques, c’est ressembler à un automobiliste qui parcourrait les routes sans borne kilométrique, ni repères visibles, dans une voiture sans compteur. » Les risques de confusions, d’inversions, de contractions ou de dilatations des distances sont considérables.

La tradition orale utilisait toute seule est une source historique complète est incertaine. Combien de jeunes burundais ou africains connaissent leur histoire ? L’histoire faite par les peuples doit être écrite pour les peuples.

Nous, jeunes Africains, devons commencer à écrire notre propre histoire, même s’il est très difficile de travailler sur un objet d’apparence familier. Nous ne pouvons pas inventer demain  et  sans avoir fait le point sur hier et aujourd’hui. Les pays qui émergent aujourd’hui, sont ceux qui ont investi dans l’éducation des jeunes et qui ont su garder leur culture.

Nous ne pouvons pas nous développer en ignorant notre passé car, l’histoire est un perpétuel recommencement. Nous pensons qu’il nous faudrait souligner les erreurs historiques, mais surtout les acquis positifs du passé qui se sont passés chez nous pour mieux projeter l’avenir.

Nous, que les Africains, avons donc le devoir de connaître et d’assumer notre histoire socioculturelle et politique. A ce sujet, voici ce que COMMANGER nous dit : « Un peuple sans histoire ou ignorant est comme un homme sans avenir, condamné pour tous pour toujours à refaire les découvertes déjà faites dans le passé, à réinventer les mêmes techniques, à lutter avec les mêmes problèmes, à commettre les mêmes erreurs ».

L’histoire peut contribuer à dé-aliéner les Africains dans leur mentalité et dans le comportement et à résoudre certains maux dont l’Afrique souffre aujourd’hui.

Avant de clore ce sujet, il serait utile de terminer en rappelant ces mots du sage Amadou HAMPHÂTE BÂ s’adressant aux jeunes Africains en ces termes : « … qu’ils sachent (les africains) ce qu’ils sont et ne laissent pas aux autres le soin de leur expliquer leur propre culture car, quand une chèvre est présente, il est ridicule de bêler à sa place ».

Le fait de ne pas avoir eu d’écriture a pas privé l’Afrique d’avoir un passé, une histoire et une culture. Hâtons-nous donc de sauver, grâce à l’enseignement et à l’écriture, ce qui peut être sauvé de la tradition orale.

L’éducation et la sauvegarde de la culture africaine permettront d’inventer une Afrique bouillonnante d’idées car, l’éducation est le donneur universel de tous les secteurs. Et, J. KIZERBO dans « Eduquer ou Périr », de relever qu’une « société qui renonce à prendre en charge sa jeunesse et à la doter des outils de promotion optimale, enterre son propre avenir ; c’est une société suicidaire ».

L’UNESCO a déjà aidé dans la recherche sur la tradition orale en Afrique, en général et au Burundi, en particulier. Dans notre pays, elle a contribué à inventorier tous les patrimoines culturels, en collaboration avec les chercheurs burundais.

L’UNESCO opte pour une coopération avec les chercheurs dans divers domaines et elle est consciente que la richesse de la tradition orale ne sera épuisée que lorsqu’un travail interdisciplinaire aura permis d’en extraire tous les éléments utilisables sur le plan culturel et scientifique : linguistes, anthropologues, ethnologues, etc.

Ceci rendra possible la récupération immédiate de la dimension historique de la personnalité africaine et ouvrira des perspectives de promotion des langues et des cultures africaines grâce à leur emploi pour l’alphabétisation et surtout pour l’enseignement. De toutes les façons, le développement ne peut se faire en Afrique, comme ailleurs, s’il ne s’appuie sur la culture des communautés intéressées. La tradition orale semble être une des clés permettant d’appréhender la culture des peuples africains.

Concrètement, le jour où nous disposerons des archéologues, des linguistes, des historiens, des sociologues, des botanistes (…) et des autres savants de renoms, il nous sera possible d’écrire et de réinventer l’histoire de notre continent, la vraie histoire que nous rêvons tous de posséder afin de mieux gérer le présent et projeter l’avenir.

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