« LE POST-MODERNISME EST INCOMPATIBLE AVEC LE RACISME ». By Eurydice BUTOYI

2 06 2010

« LE POST-MODERNISME EST INCOMPATIBLE AVEC LE RACISME »
Eurydice BUTOYI

Liège BELGIQUE

Eurydice BUTOYI est une jeune fille originaire du Burundi et de nationalité belge. Elle poursuit des études de Fashion design à Kent en Angleterre. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle nous parle du post-modernisme en mettant en évidence d’intéressants liens avec l’idéologie du racisme. (NDLR)

D’abord je voudrais vous remercier d’avoir eu l’idée de réveiller notre intérêt pour le continent africain.

Pour comprendre le post-modernisme, il faut d’abord que je vous explique le modernisme. La philosophie de la modernité considérait (c’est dans les années ’60) que pour qu’une chose soit belle, il faut qu’elle soit fonctionnelle, il ne faut pas qu’il y ait du superflu. Ça allait très loin ! Par exemple, la beauté d’un objet artistique se jugeait par rapport à sa fonction. En architecture, le modernisme est à l’origine des ‘cités HLM’, c’est-à-dire les grands blocs d’immeubles sociaux minimalisés à fonds, où tout le monde a ce qu’il faut pour vivre (un appartement, une épicerie, une école … tout ça dans un même environnement) ; mais où tout est identique pour tout le monde. En fait, l’exemple de l’architecture moderne est typique de la philosophie moderniste appliquée à la société : il faut que les progrès technologiques, scientifiques et intellectuels servent à résoudre les problèmes sociaux. En construisant es logements sociaux modernes, fonctionnels, beaux … mais tous identiques, on a pensé équilibrer les rapports sociaux ; ramener la classe ouvrière vers le rang d’une classe moyenne. Mais, en faisant ça, on a complètement ignoré l’individu. Le modernisme ne pense pas la société comme un ensemble d’individus aux désirs et aux besoins différents, mais comme un ensemble de classes sociales que le progrès va servir à équilibrer.

Donc, pour résumer, le modernisme a complètement nié l’individu … Et le post-modernisme est une réaction au modernisme. La postmodernité revient à l’individu et non plus seulement sur l’appartenance de celui-ci à tel ou tel groupe. L’homme se recentre sur lui-même et sur ses préoccupations propres. Si la postmodernité se (re)intéresse à la personne, quel est le rapport avec l’idéologie du racisme ?

En fait, le post-modernisme s’accompagne d’une fragmentation de l’individu ; son identité n’est plus définitivement établie par la seule apparence extérieure de la personne qu’on a devant soi. Il n’y a plus de modèles prédéfinis : une femme peut désormais être une parfaite maîtresse de maison et une chef d’entreprise compétente, un homme peut être en colle blanc le matin et en même temps aimer les boites de nuits … A côté de ça, les groupes sociaux se fragmentent et se mélangent aussi : on peut se revendiquer aujourd’hui de deux groupes sociaux qui hier étaient opposés ou au contraire refuser d’appartenir à aucun groupe. En fait, la période postmoderne, c’est celle que nous vivons aujourd’hui.

Lorsqu’on a compris la postmodernité, on comprend également que ce serait contradictoire de soutenir l’idéologie du racisme. Le raciste dit qu’il y a une hiérarchisation des races prétendument pures et donc une hiérarchisation des individus basée sur leurs races. Or, on vient de le voir, le post-modernisme a fait qu’aujourd’hui il est impossible de définir les capacités sociales d’un individu par son seul aspect extérieur (c’est-à-dire la couleur de sa peau). Par ailleurs, il est également impossible dans le post-modernisme de dire qu’une race est pure parce que les groupes sociaux se sont fragmentés et, du coup, se sont beaucoup mélangés.

Aujourd’hui, c’est vrai qu’on devient raciste par facilité pour ne pas prendre la peine d’accepter son semblable qui est devenu, avec le post-modernisme, très complexe à définir et donc à prévoir dans ses réactions. Mais, quand-même, le racisme a complètement perdu son sens et il est contradictoire à la philosophie sociale que nous vivons.

Pour finir, je dirai à tous ceux qui lisent que l’Afrique a beaucoup souffert, mais qu’elle reste un très beau continent et un continent très riche qui se relèvera. Alors, qu’ils continuent à vous soutenir. Et vous, ne vous découragez pas !





Ils craignent JAH! By Ras Girum Simiens

1 06 2010

Le centenaire de la mort de Léopold II de Belgique. 1909. 2009.

Un Empire exotique qui ne s’assume pas.

Ils craignent JAH le Dieu de l ‘Ethiopie, Seigneur de Shashamane qui punit les fils pour les fautes commises par les pères jusqu’ à la cinquième ou sixième génération.

Pourquoi le centième anniversaire de la mort de ce grand Roi belge n’est-il pas célébré?

Rien, aucune cérémonie officielle pour celui qui a donné a Bruxelles et au coeur de l’Europe toute sa puissance.

L’homme est un loup pour l’homme disait Hobbes.

Les Etats sont des crocodiles pour les Etats. Le propre du crocodile c’est qu’il tue même quand il n’a pas faim.

Conquérant, bâtisseur, criminel, guerrier, génie, l’action de Léopold 2 et son règne s’étudiera d’un point de vue africain et d’un point de vue européen, au regard des condition de vie réelles des habitants de ces deux parties du monde très largement influencées par ce Roi belge.

Stratégiquement en effet, la Belgique est le coeur de l’Europe, Bruxelles étant sa capitale officielle.

Le Congo est lui le coeur de l’Afrique. Le président défunt Kabila père disait que tant que le Congo ne serait pas «debout», il serait impossible de construire et stabiliser l’Afrique, car le Congo la relie d’est en ouest et du nord au sud.

Pourquoi dès lors oublier cette histoire et se tourner vers l’avenir, vers l’Europe?

C’est que précisément cette histoire là est dérangeante aux vues de la réalité des conditions de vie des africains et des européens. Le pire pour l’Afrique et le mieux pour l’Europe, cela grâce a Léopold II  et toute la classe politique belge élue par le peuple belge qui s’est succédée après lui.

Et surtout parce que les intérêts économiques de l’époque sont toujours terriblement d’actualité.

Les belges préfèrent donc oublier l’oeuvre de Léopold II et conserver les avantages économiques qui en découlent dans le silence et l’illégalité.

La crainte vient aussi des descendants de Léopold II, à savoir le Roi, les princes et princesses, et la classe d’affaire de Belgique, dont la fortune actuelle vient du règne Léopoldien.

Cependant, la question aujourd’hui, comme hier, est de savoir ce que nous allons expliquer ensemble à nos enfants. Quelle histoire allons-nous leur raconter?

Africains et Européens devront s’asseoir ensemble pour reconnaître leur histoire et rééquilibrer leurs conditions de vie.





UN INCENDIE. by Juste SINDIHEBURA

1 06 2010

UN INCENDIE
Juste SINDIHEBURA

Liège BELGIQUE

Notre continent est en proie à un incendie. Une branche s’est embrasée, il y a déjà des siècles et voilà qu’aujourd’hui tout le continent brûle. Etait-il bien intentionné cet homme que nous avons accueilli bon gré mal gré ? Croyait-il nous vouloir du bien à nous, gens à la peau et mœurs bien étranges et donc bien à changer ? Un incendie ! Voilà ce qu’il nous a laissé avant de repartir. Il a foulé de ses propres pieds des millénaires d’histoire et de civilisation mais en a fait que peu de cas ! Usant de sa force et de sa ruse, il a réduit le peuple qu’il l’accueillait en esclave, en colonisé, en exploité ! Nous l’avons accueilli (ou il nous a forcés) et de nos maisons, de notre sol, il en a fait son grenier à grain, sa réserve personnelle et exclusive… Derrière son passage, le doute, les rancœurs, la misère se sont chargés du reste. Mais, ne me jugez pas mal ! Parmi ces hommes, j’ai des amis et des frères. Mais, parmi les mêmes hommes il y a également des fourbes et des tyrans.

Un incendie a été allumé par une personne que nous avons accueillie. Mais, mes frères, avant de chercher le coupable et d’exiger de lui réparation, éteignons d’abord l’incendie qui ravage notre maison. Et comme les pyromanes ne sont pas les meilleurs pompiers, n’appelons, donc, plus ce voisin, celui qui continue de nous exploiter sans regrets, celui qui continue de mettre un peu d’huile sur ce feu, pour nous aider à l’éteindre. Lorsque nous l’aurons éteint alors il sera temps de réclamer justice.

Réclamer justice ? A qui ? Cet homme qui a mis le feu à la maison de son hôte, certes, il faudra exiger de lui qu’il reconstruise ce qu’il a détruit ! Mais, ces africains farcis d’ingratitude – oui ! parmi nos propres frères noirs, certains ont oublié que l’Afrique les a aimés, nourris et logés durant des millénaires – ces ingrats d’hier mais également d’aujourd’hui (suivez mon regard) devront répondre devant les cendres de l’Afrique et les pleurs de ses enfants !

Dans le temps, les anciens aimaient discuter avec les jeunes. Ils disaient que c’est en eux qu’ils puisaient leur sagesse. Si donc, nous, la jeunesse du monde nous réunissons pour parler de notre Histoire – je devrais plutôt dire : pour confronter ce que chacun a appris de l’Histoire – alors, non seulement nous nous enrichirons, mais également ce sera une contribution aux efforts pour éteindre l’Afrique en feu.