INDEPENDANCE DES COLONIES ET BELGIQUE MODERNE. REFLEXIONS HISTORIQUES! by Eurydiane BUKURU

14 05 2010

TERRITOIRE, IMMIGRATION, RACISME

Eurydiane BUKURU

Territoire, racisme, immigration sont des thèmes que j’ai souvent analysé indépendamment les uns des autres. A tort puisque, effectivement, un territoire mal géré peut provoquer une immigration et celle-ci peut engendrer une certaine forme de racisme. Ce sont des thèmes universels car tout le monde, à un moment de sa vie, est amené à s’interroger sur d’où il vient et où il va, pour savoir qui il est. Je m’explique : le territoire est un concept basé sur une réalité (la terre) et des constructs psychiques. Le territoire représente donc une terre, une terre qu’un groupe d’hommes (individus) s’est approprié. A cette terre l’homme va aussi lui attribuer des propriétés telles que une langue, une culture, un mode de pensée, un système politique souvent une religion, une croyance … Bref, une organisation complexe qui servira à donner une signification commune de cette terre et ainsi lui permettra de se définir et de s’identifier. Le territoire n’est plus seulement un morceau de terre. Il s’agit d’un concept qui va, au-delà de la réalité concrète car il contribue à la définition de l’homme comme étant un habitant de … Le territoire nous donne en général une nation, une nationalité et des valeurs. Malheureusement, parfois, le territoire où nous naissons, évoluons, grandissons, ou simplement vivons, ne correspond plus à nos besoins. Je pense que c’est à ce moment que les personnes quittent leur pays d’origine (leur territoire). Il y a beaucoup de raisons pour immigrer : instabilité politique, raisons économiques … Peu importe les raisons de l’immigration, les personnes qui quittent leur territoire d’origine placent beaucoup d’espoir dans leur pays d’accueil qui constitue la solution, l’échappatoire pou leurs problèmes ; ils espèrent une meilleure vie et pour cela, ils quittent tout ce qui leur étaient cher ( leur terre, leur territoire, leurs biens, leurs amis, leurs familles …). Les voilà fraîchement débarqués sur un nouveau territoire (pays) avec tout à apprendre : les règles, l’idéologie, les valeurs, les croyances, les mœurs et coutumes, les traditions … Tout est nouveau. Que l’immigration soit choisie ou contrainte (forcée), elle constitue un énorme changement, elle nécessite un effort d’adaptation à tous les niveaux pour l’immigré, ce qui n’est pas une mince affaire car il faut qu’ils reconstruisent toute une vie, qu’ils s’y retrouvent administrativement, qu’ils se fassent des amis, qu’ils se créent des affiliations, qu’ils se situent socialement et économiquement. Il faut qu’ils apprennent à apprécier ce qui sera désormais leur nouveau chez eux et fassent le deuil du pays d’accueil imaginaire qui n’est pas comme on l’imaginait. Pour que les immigrés puissent se sentir chez eux, il faut qu’ils arrivent à s’intégrer dans un pays, un système, qui a déjà ses propres valeurs. Ils doivent s’y introduire et se frayer un chemin, se trouver une place en tant qu’individus faisant désormais partie du paysage national. Ils doivent s’intégrer socialement, économiquement, politiquement et humainement. Mais cette intégration n’est réalisable que si le pays d’accueil accorde une place réelle aux immigrés. Souvent, le problème est que la politique du pays d’accueil, ainsi que les accueillants, veulent que les immigrés soient assimilés, or je pense qu’il est plus intéressant d’accueillir l’autre (l’étranger) dans sa différence. L’immigré, pour moi, constitue une valeur ajoutée pour le pays d’accueil. Il vient enrichir les connaissances, les croyances, les perceptions, les cultures … et non appauvrir le pays comme le pensent certaines personnes. Il faudrait permettre aux immigrés africains de rester africains en Europe. S’ils cuisinent des plats locaux, il ne faut pas directement dire « ça pue » ou « c’est gras » sans avoir goûter ou dire « pourquoi elle met le tchador ? Ici nous sommes dans un pays laïc ». Je ne vois pas en quoi ça dérange puisqu’elle n’oblige personne à le porter. Il ne faut pas oublier que la liberté s’arrête où commence celle des autres. Les immigrés ne doivent pas être des copies conformes des nationaux, mais, selon moi, ils doivent ajouter de la valeur sur le tableau déjà existant. Il faut garder à l’esprit qu’être un immigré n’est pas toujours facile. On ne cesse de leur rappeler qu’ils ne sont pas chez eux, qu’ils sont des étrangers et qu’ils sont la source de beaucoup de maux sociaux et financiers. Ils sont toujours pointés du doigt « ils n’est pas d’ici ! » « de quelle origine est-tu ? ». Evidemment des pensées comme celles-ci peuvent être la cause du racisme en désignant l’étranger comme l’envahisseur, le fauteur de troubles, celui qui fait trop d’enfants, qui a deux femmes, qui est trop sale, qui est trop paresseux, qui prend le travail des autres ou qui profite des avantages sociaux et appauvrit le pays. Je pense, dans ce cas-ci, que le racisme que nous rencontrons est un instrument politique qui adopte une attitude hostile à l’égard de l’étranger. Les personnes qui ont un esprit étroit, un esprit critique peu développé, utilisent ses stéréotypes comme une réalité généralisable et intègrent dans la tête qu’effectivement les étrangers, les immigrés, sont une menace pour leur confort. Pour moi, le racisme ‘généré’ par l’immigration n’est pas nécessairement basé sur l’idée qu’il existe une hiérarchie des différentes ‘races humaines’. Quoique je pense que le racisme est un sentiment inhérent à l’homme dans la mesure où tout le monde a envie d’être plus beau, plus intelligent, plus sportif que son voisin, pense être mieux que les autres. Nous avons tous tendance à penser en mal de l’autre, à le dénigrer, en le désignant par son identité. Nous avons tous dans nos têtes ce genres de stéréotypes : «les arabes sont des voleurs, des polygames, des terroristes », « les noirs sont bêtes, agressifs, violents », « les blancs sont des tirants, des racistes », « les jaunes sont des mangeurs de chiens », « les allemands sont des nazis », « les belges sont des ivrognes, les wallons sont des fainéants et les français sont trop chauvins », « les juifs sont avares et radins »… Je pense que la différence entre un raciste et un non raciste réside dans le fait que le non raciste peut discerner la réalité : il sait que ce genre de phrase sont des généralités, il sait que chaque personne a ses particularités, ses défauts et ses qualités ; qu’il y a des cons et des intelligents, des beaux et des moches, dans tous les peuples. Tandis que le vrai raciste, lui, reste dans ce schéma et reste rigide. Il arrive même à avoir du dédain, du dégoût, et une peur exacerbée de l’étranger. Là, je prône les bons côtés de l’immigration, peut-être sûrement parce que moi-même je suis une immigrée. Mais, disent certains, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde en Europe. Bien sûr ! Et c’est pour cela qu’il faut des lois. Je souhaiterai juste que ces lois soient humaines, qu’elles traitent les personnes comme des êtres humains et non comme des numéros. Ainsi, le territoire, l’immigration, sont des phénomènes naturels. Je dirais même qu’ils sont des valeurs adaptatives. Ce sont des phénomènes, des concepts, existant dans le règne animal. Mais, en tant qu’humain, je pense qu’il faut apprendre à accueillir l’étranger. Il ne sert à rien de haïr quelqu’un pour ce qu’il est parce qu’il ne l’a pas choisi, mais on peut le haïr pour ce qu’il fait parce que ça il l’a choisi.





DE L’INDEPENDANCE DU CONGO A L’INDEPENDANCE DE LA FLANDRE. By Ras Girum

14 05 2010

De l’indépendance du Congo a l’indépendance de la Flandre, regards croisés sur la Belgique impériale.

Vers la réappropriation de notre Histoire.

En parlant d’Histoire, vous êtes-vous jamais demandés d’où peut bien nous venir cet attachement instinctif, presque irrationnel, que nous avons pour notre Pays, notre ‘Territoire’ ? Un attachement qui, quelques fois, peut occulter notre humanité et nous pousser à devenir un véritable danger pour nos semblables.

Nous ne pouvons vous promettre que sur quelques lignes d’écriture nous allons vous rationaliser ce sentiment irrationnel. Pour autant, en y réfléchissant, peut-être qu’un raisonnement par paliers successifs nous permettra d’approcher un début d’explication.

Sur un premier palier, nous retrouvons une définition triviale, terre-à-terre, de la notion de ‘territoire’, à savoir une limite géographique, une portion du globe terrestre. Cette seule définition ne permet, évidemment, pas d’expliquer la fierté et parfois les passions, que suscite le territoire dans le cœur de ses habitants. Quoique!!!… Montons ensemble sur le second palier pour nous rendre compte que ce morceau de la surface terrestre que le langage humain a nommé ‘territoire’, acquière nettement plus d’importance. Ce second palier, c’est le territoire entendu comme un patrimoine, une ressource. Il devient alors une propriété sur laquelle il faut affirmer son AUTORITE contre ce que l’on va désormais appeler des ‘étrangers’. Naissent alors et s’incrustent dans le discours social des incantations que ne font que nous confirmer dans notre conviction qu’il ne s’agit plus d’une simple portion de la planète mais bien d’un bien propre. Nous nous entendons dire sans tiquer que “ces étrangers viennent nous voler NOTRE travail, NOTRE pain …” que “chez NOUS, il n’y a pas assez de place pour tout le monde”…Le territoire devient NOTRE territoire.

Mais, c’est sur le troisième palier que la notion de territoire prend toute sa dimension dans l’inconscient social. L’homme apporte un sens culturel à la notion de territoire qui n’est plus un simple lopin de terre ni même une question d’appropriation de ressources, un patrimoine, mais une notion métaphysique: la PATRIE, la NATION. On entre alors dans le domaine des jugements de valeurs où l’étranger est celui qui n’est pas des NOTRES pour dire qu’il n’a pas les mêmes valeurs, les RACINES CULTURELLES que nous. A ce stade, le territoire prend un sens sacré qui s’encre dans l’imaginaire comme le fondement de notre identité. Il ne faut pas remonter loin dans l’histoire de l’humanité pour en apercevoir les conséquences quelques fois désastreuses. Il existe, d’ailleurs, un exemple particulièrement édifiant dans l’histoire contemporaine : au Moyen-Orient, depuis près d’un siècle, l’Israël et la Palestine se déchirent pour une terre (pourtant quasi désertique !), l’un et l’autre affirmant sans en démordre qu’il s’agit de son territoire puisque c’était la terre de ses ancêtres et de ses saints; en Afrique, la Côte-d’Ivoire a inventé la notion de ‘l’ivoirité’, le Congo celle de ‘la congoléité’ pour opposer (parfois dans un bain de sang) ce qui sont de vrais citoyens, de vrais patriotes, de ceux qui ne sont que des étrangers pour ne pas dire de nuisibles envahisseurs. Au Rwanda et au Burundi, les guerres ethniques qui opposent depuis des dizaines d’années les hutus, les tutsis et les twas trouvent partiellement leur fondement dans les notions de territoire, d’immigration et de pouvoir.

De ce palier au RACISME, il n’y a qu’un pas que d’aucuns n’hésiteront pas à franchir en faisant un amalgame entre des valeurs nobles (l’amour de la patrie, l’affirmation et la revendications de certaines racines culturelles propres) et un complexe de supériorité qui les poussent à prendre de haut tous ce qui ne sont pas de ‘leur sang’. Mais, ne nous y trompons pas! Le racisme ne se montre pas toujours au grand jour. Baudelaire disait: “La ruse du Diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas!”. Alors, regardez-y à deux fois avant d’adopter innocemment certaines attitudes, de donner du crédit à certaines paroles anodines en apparence ou à certaines pensées que nous croyons justifiées. Sachez y déceler le racisme intellectuellement violent et quelques fois meurtrier qui s’y dissimule. Un racisme qui prend ses racines dans ces fausses idées que nous nous faisons de ce que nous sommes censés devoir à ‘notre’ territoire. Un racisme qui ne fait que justifier un besoin nettement moins avouable quoique tellement humain : la domination, le pouvoir. En effet, en relisant l’analyse faite des trois paliers, on se rend vite compte que tout tourne autour de l’appât du pouvoir, de l’envie de domination. Revendiquer un territoire, c’est vouloir affirmer son autorité sur ses semblables.

RAS GIRUM SIMIENS