NGUYEN HONG NAHN. LA OU LES ETOILES BRILLENT. NECTAR ROYAL POUR ABEILLES.

16 11 2009

Là où brillent les étoiles

A tous ceux qui ont aimé ce monde,

Ces retrouvailles sont pour vous.

 

I

C’est le petit matin et la seule chose un peu claire dans cette tiédeur fragmentaire se

résume à une envie indécise de m’attarder encore au lit, à me blottir dans cette douce

chaleur et à me laisser emporter par l’éclat insaisissable et irréel de la lumière qui déborde

de la fenêtre. Ce matin, tout semble si indistinct, le temps commence à se rafraîchir, l’été

s’éteint pour laisser sa place à l’automne, mon univers en plein hiver.

J’aime ma ville car un soir de décembre, j’y ai rencontré mon Amour. Ce soir là, je ne

devais pas être présent, elle ne devait pas être présente. Assise en face de moi, elle me

souriait et l’univers tout entier me paraissait adorable. Elle était la pluie qui tombait des

étoiles, elle était le bruit qui berçait mon sommeil. Nous marchions sous le froid, sous les

étoiles, profitant de cette nuit qui était peut-être la dernière. Parce l’amour c’est la noyade, la

douleur, la magie et le rire. Parce que le monde dans lequel je vivais ne pouvait changer,

jusqu’à ce qu’elle devienne mon monde.

Je me prépare tout doucement, j’enfile ma veste et réajuste une dernière fois ma chemise,

puis j’attrape mes clés en passant dans le couloir menant à la porte. Un dernier tour à la

serrure et me voilà dévalant les escaliers, le pas léger et enthousiaste vers le monde.

Dehors, la première chose qui me heurte de plein fouet est cette odeur indéfinissable d’une

fin de journée de mois de septembre. L’air semble frais et légèrement humide pour la saison,

mais mon corps n’y prête guère attention, mon esprit se trouve déjà ailleurs, emporté dans

mon élan. Déjà, je ne pense plus à grand chose, si ce n’est trouver un fleuriste encore ouvert

à cette heure-ci, même si à ma montre, la grande aiguille me bouscule dans ma course.

J’aime regarder ce monde étrange bouger, ce monde dont la beauté réside dans sa cruauté.

Il y a des instants comme aujourd’hui où rien n’a d’importance, où on se laisse simplement

flotter dans une habituelle mélancolie, et où chaque son semble déformé, tordu et rendu

assourdissant par l’air ambiant. De cette histoire, il n’en reste que des fragments disparates

et incohérents, des souvenirs qui s’effacent comme les vagues balayant les inscriptions de

notre enfance sur le sable.

Ecrire sur les gens que l’on aime, des sentiments éparpillés, les rassembler pour

en faire du sucre, d’une douceur affectée, et le distribuer dans des poèmes. Ecrire, c’est

revenir sur des instants manqués et que l’on regrette, les moments perdus à attendre la

personne aimée sous la lumière blafarde des réverbères au coin d’une rue, verser ces

larmes retenues, pleurer pour l’autre en espérant qu’une vie reste ce sourire qu’on a reçu.

Mon regard se porte sur les voitures qui passent, rien ne semble pouvoir les arrêter, rien ne

semble pouvoir les empêcher d’atteindre leur destination lointaine, vers des paysages

inconnus, vers les champs baignés de soleil. Passer son temps allongé sur le dos, les pieds

en éventail à regarder les nuages dans le ciel, à attendre que se dessinent les pourtours des

heures, à l’ombre des pommiers.

Ecrire en marchant dans les rues, les pas qui résonnent sur le trottoir gelé, regarder

dans une vitrine, déçu par l’obscurité, pour rompre avec sa folie, une voix nue et indomptée,

et retrouver les mots de son enfance, enfouis sous des déchets. Entrer dans la boutique,

promener ses doigts endoloris sur les livres oubliés, pour rejoindre la lumière, et la

rassembler pour en faire du sucre glacé, qu’un vent s’est mis à souffler, les feuilles

tourbillonnent.

Revoir un autre matin d’hiver, tes yeux rieurs dans les miens, assis tous les deux à la

terrasse d’un café, l’air embaumé par l’odeur tenace du précieux liquide noir qui s’attarde sur

nos vêtements et ton écharpe cerise. Tu me souris, et moi je me réjouis de ma propre perte

car je sais déjà que rien n’aura plus la même saveur puisque maintenant c’est toi et toi seule

qui en dessines les contours.

M’aimeras-tu comme la première fois, me prendras-tu la main en me disant que tu m’aimes

en décembre comme en hiver, et m’embrasseras-tu de cette même façon en t’attardant sur

mes lèvres.

Ecrire, c’est s’arrêter dans un jardin, une maison abandonnée et contempler

l’absurdité d’une fleur sauvage, d’une cheminée éteinte, cette progression vers l’éphémère

de la douleur endormie; puis peindre son innocence, cette musique si belle, si proche et qui

se brouille. Mes émotions sont enrobées de sucre amer, mais nous ne sommes plus des

enfants, et qui s’emplissent des eaux de pluie. J’aime cette saison, mon univers en plein

hiver, je suis triste alors j’écris, pour ne pas oublier que le soleil du matin était doux.

Seras-tu la même dans les yeux d’un autre? Tu t’en vas en me souriant, tandis que je

demeure meurtri, résigné à te regarder t’éloigner puis disparaître de ma vie pour ne plus être

qu’une impression furtive et floue. J’ai encore l’odeur de ton parfum sur ma joue, j’ai encore

le son de ta voix qui résonne comme un écho dans ma tête, j’ai encore ta chaleur diffuse sur

mes lèvres.

Ecrire sur la pluie, qui reflète tout ce qui peut briser un coeur, faire vibrer la corde sensible, et

la rendre plus sereine.

Alors, je t’écris.

Le monde peut se fissurer, s’évanouir sous mes pieds, l’univers m’apparaît soudain si inutile

dans sa course folle.

Je me rappelle des journées chaudes et ensoleillées de mon enfance, des odeurs

confuses, des bribes de ma mémoire qui semblent appartenir à un passé inconnu et

indistinct.

Vivre dans l’indolence, courir après les imprévus et regarder rêveusement le monde bouger,

trouver le bonheur dans des éclats de rire. Un papillon s’est posé sur une fleur, délicate et

fragile, il replie ses ailes couvertes de fines écailles colorées. La surface limpide de la mare

ondule avec le vent. Un garçon observe le mouvement gracieux des nénuphars, fleurs

blanches, jaunes, rouges. Il tend sa main droite et effleure délicatement le liquide puis la

retire. Des gouttes perlent sur l’herbe, il sent cette soudaine fraîcheur se propager et

s’immiscer dans son être comme une douce étreinte.

Le papillon prépare son envol et s’élance vers le ciel. La nature embaume son esprit, il ne

distingue plus la fleur. Le rêve s’interrompt, une pluie de pétales blancs embrase son sourire.

On peut avoir l’âme en peine, mais comment ne pas succomber à cette mélodie qui résonne

encore, tandis que se prolonge la nuit, chaude et électrique. Parfois, les instants qui meurent

ne font que se consumer dans l’oubli, comme si s’attarder sur eux ne pouvait mener qu’à

l’incertitude.

II

Plic, plic, ploc, martèle la pluie sur les carreaux. J’adore l’atmosphère onirique d’un

après-midi pluvieux, perdu dans ma cuisine à siroter une tasse de café. La pluie dessine des

rivières sur le sol de la cour, tout se brouille et s’entremêle, le sable se mélangeant à l’eau

pour recouvrir toutes les sinuosités, les fissures et les saillies invisibles de la surface.

Et tes lèvres contre les miennes, et ton coeur contre mon coeur, chaque battement me

rapprochant inéluctablement de toi. Je reste là sans rien dire, tu me souris et je suis

complètement désarmé, délice merveilleux, comme cette danse où se mêlent l’ombre et la

lumière, à jamais perdues dans les ténèbres.

Tu me le reprochais souvent et moi je n’y prêtais alors que si peu d’attention. Parfois,

j’aimerais que tu me le dises encore, rien qu’une fois, rien que pour voir ta moue délicieuse

et ton regard qui m’enveloppe et me protège, comme le vent qui soulève le sable, l’invitant à

une danse majestueuse.

Tu fais valser tes sandales et déjà sans m’attendre tu t’élances vers la plage, attirée par le

contact de l’eau et du sable qui s’engouffrent avec gourmandise entre tes orteils. J’ai mes

yeux dans tes yeux, mon coeur dans tes mains, et le soleil en témoin amoureux de cette

journée à la mer. Les gouttes salées que tu projettes sur moi ruissellent et forment des

sinuosités sur ma peau, derniers remparts imprenables avant que les dessins tracés par tes

doigts sur le sable ne se brouillent.

Ce soir s’endort dans tes bras, tandis que se profile déjà ce lendemain de fête et que

s’attardent encore sur moi les senteurs enivrantes de la menthe mêlées à l’odeur de la

violette. Dehors, le froid mordant arrache des soupirs indolores aux passants, absorbés dans

leur ballet indéfinissable, et cherchant à rejoindre hâtivement une chaleur apaisante. Je me

lève et relève la couverture pour ne pas te réveiller, pour que le froid ne se fraye un chemin

indolent jusqu’à ta peau nue et insolente, où s’égarent tes trésors dans la douceur de l’aube

qui s’annonce. Dans la pièce règne un silence merveilleux, instant délicieux se déclinant

avec élégance et scintillant d’un éclat savoureux.

Ce matin encore, c’est toujours avec la même légèreté que me parviennent tes mots, c’est

toujours avec cette gentillesse confondante que tu mets dans ton regard quand tu te tournes

vers moi. Et moi, je déteste cela, je m’en veux de vouloir toujours saboter cet humeur qui

s’installe entre nous comme une évidence. Tu t’assoupis à mes côtés, laissant ton parfum

m’envahir avec tendresse et abaisser mes dernières défenses. Tandis que ce moment

précieux s’évanouit de ma mémoire et que ton image s’estompe de ma rétine, mon coeur

imparfait et hésitant reconquiert lentement tes rivages endormis.

Viens ! Sautons dans les flaques, viens te perdre dans mes bras, restons là en spectateurs

éblouis à savourer le chant impénétrable des poètes !

On demeure là, imbéciles hilares, assis sur ce banc dans l’étreinte de ce soir si sublime,

l’humeur abîmé dans un fin brouillard, à rire bêtement comme des enfants pour des bêtises.

Longtemps après ton départ, je traîne encore dans les replis de la gare, amoureux silencieux

égaré dans les tressaillements de la nuit, jusqu’à ce que l’aube vermeille.

III

Tu m’embrasses et t’en vas, je me détourne par pudeur, pour ne pas pleurer devant

toi, pour que meure mon sanglot réticent dans le noir de mes yeux. Mais une fois encore, tu

as su précéder mes pensées, tu es venue me rejoindre, te pressant contre mon dos tandis

que tes bras épousent ma poitrine. Je sais que tu pleures aussi, je sens la tiédeur de tes

larmes qui me transpercent à travers le tissu de ma chemise. Et on reste tous les deux

immobiles, dérobés à cette foule hasardeuse.

La chaleur de ton corps contre mon dos me plonge dans un état de tristesse infini, après toi

la laideur de ce monde me semblera si misérable, comme un visage qui par choix nous

manque. Alors, ne change pas, reste toujours comme ça, c’est comme ça que je te préfère,

quand tu boudes pour ensuite me consoler, quand tu pleures pour apaiser mes larmes,

quand tu ris parce que je ris.

Le destin s’amuse de nos espérances et place sur notre chemin des soubresauts

impénétrables pour nous maintenir éveillés, pour que la vie puisse être toujours portée à

travers nous, pauvres véhicules effarouchés par les événements et effrayés par le grand

saut.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser qu’un jour on se reverra, comme s’il manquait

un épilogue à cette histoire, et que le dénouement se devait d’être heureux.

J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part, j’aimerais que l’on retienne mes mains qui

flanchent, que l’on pense à moi quand la neige s’abat sur la ville assoupie, que l’on me serre

fort quand mon humeur traine sur le trottoir assombri, que l’on m’embrasse sur la joue et que

l’on me dise que c’est toujours l’aube chancelante dans le creux de mes doigts tandis que

déjà s’éternise ton absence.

J’ai toujours aimé les heures, les instants qui précèdent les grands événements, plus que les

événements en eux-mêmes. Comme si durant cette période lancée dans sa fuite

perpétuelle, se dispersait tout sentiment de panique, pour ne se déposer en filigrane que la

possibilité d’un avenir meilleur.

J’observe le doux reflet de ton visage qui se dessine par intermittence sur la fenêtre, seule ta

respiration légèrement saccadée parvient à troubler ma chute. Les pensées que je te destine

s’évanouissent comme un songe, s’évadant de cette photo prise un matin brumeux dans la

campagne anglaise. Une prairie encore plongée dans l’éclat précieux et indolent de la rosée,

bordée par un étang dont la surface contrainte épouse en toute intimité le sillage d’une

barque. A son bord, deux amants transis, immobiles, enlacés dans une dernière étreinte

tandis que se lève sur eux l’aube éternelle.

Ces quelques lignes existent parce qu’un matin j’ai voulu sublimer mon coeur, dont

l’éternelle faiblesse reste finalement son éternelle douceur, rien que pour l’espoir imbécile

que c’est peut-être pour ça que tu pourrais m’aimer.

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