Croissez, multipliez de Fostier Valériane

4 09 2009

Croissez, multipliez

 

 

C’est l’été, il fait chaud. Une maison bourgeoise se détache sur le ciel bleu, au sommet d’une colline. C’est celle du notaire. Elle domine le village. Le jardin est décoré de fleurs, il y a un étang ou des poissons nagent entre les nénuphars. Les libellules volent entre les branches du saule pleureur décorées de rubans blancs. Au centre, une vasque dégoulinant de lis blancs par centaines.

 

Madame, dans une robe rose pâle, cours dans tous les sens, vérifie que le jardinier a bien fini de tailler les haies, s’assure que le fleuriste garnit correctement la maison, contrôle le travail des bonnes qui dressent la table… C’est que demain aura lieu le mariage de sa fille.

Monsieur est à son étude, toute cette agitation le dérange. De plus les mariages ne sont pas une affaire d’hommes, il a mieux à faire que de surveiller les cuisiniers qui s’activent à la réalisation de la pièce montée.

 

Mademoiselle est dans sa chambre, elle pleure toutes les larmes de son corps. Sa robe de mousseline est toute froissée, qu’importe, ce n’est qu’une robe, et qu’est ce qu’une robe au vu de sa peine. Ce n’est pas ce fiancé si beau, si intelligent, le meilleur parti de la région, fils de médecin et médecin lui même qui l’attriste.  Suspendue à un cintre, sa robe de mariée semble la narguer. Son corset étroit, qui la serre tant, oscille doucement sous la brise légère qui pénètre dans la chambre par la fenêtre ouverte. C’est cette robe la cause de tout, cette robe d’un blanc immaculé, virginal, et elle qui ne l’est plus. Cette robe qui est une imposture, une tromperie faite à la morale bien pensante. Car à cette morale, et pour fuir le qu’en dira-t-on sa mère est prête a tous les sacrifices, tout cela pour sa sacro-sainte réputation. 

 

Hier sa mère l’a emmenée chez une vieille femme, dans le village voisin. C’était une sorcière d’après certains, une empoisonneuse aux dires des autres, et, pour le cas présent, une faiseuse d’anges. Etait-ce sa faute après tout, il y avait ce fiancé si pressant, si charmant mais si exigeant, et puis elle qui était un peu naïve malgré tout et qui craignait de le perdre si elle se refusait a lui. Alors oui, elle avait cédé à sa requête. Apres tout, ne seraient ils pas bientôt mari et femme ? La rondeur de son ventre fécond n’avait pas échappé à sa mère qui en avait été profondément bouleversée. Elle l’avait traité de catin, de fille indigne, de souillon…

 

L’enfant avait voulu en parler à son promis mais sa mère l’en avait interdit. Si tu lui as cédée, lui a elle dit, tu auras pu céder aussi à un autre, il dira que l’enfant n’est pas de lui et ton honneur sera perdu à jamais. Pas question que la fille du notaire soit grosse au mariage, il fallait régler le problème au plus vite. Après le mariage, c’était de son devoir d’être mère, mais avant c’eut été un déshonneur tel qu’on préféra la faire avorter dans une cahute, par une femme qui n’y connaissait rien et dans des conditions d’hygiène déplorable, dut elle en mourir.

 

La jeune fille cesse de pleurer. Elle se redresse, la douleur qui lui vrille les reins fait vaciller sa conscience, mais elle tient bon. Elle fixe obstinément cette robe blanche à la taille si étroite qu’elle a peine à respirer.

 

A la naissance de leur premier enfant on tailla une robe de baptême dans la jupe de tulle blanche et tout le monde s’extasia sur la blondeur de l’enfant et ses joues roses. Son mari, si fier, reçut les félicitations de tous. Il ne fut pas là pour les premiers pas de son fils, trop occupé qu’il était à soigner ses malades.

 

Et elle, ma foi, elle oublia.

 

 

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Une ferme, dans la campagne, à quelques kilomètres du village. Les hommes sont aux champs, ils rentreront quand la cloche de l’église sonnera 17 h. les femmes cuisinent, il faut bien nourrir les travailleurs. Demain c’est dimanche, on marie le petit. Le fils de la famille, Louis, épouse la fille du boucher, une rousse de 19 ans prénommée Marthe. Son père a dû donner son accord, vu qu’elle n’est pas majeure, ce qu’il a fait d’autant plus volontiers que c’est un ami de la famille de Louis. Les enfants ont grandis ensemble, ils allaient à la chasse aux grenouilles alors qu’ils ne savaient même pas encore lire. Ils ont toujours su qu’ils se marieraient, c’était dans l’ordre des choses. Dirent qu’ils sont amoureux serais un peu exagéré, disons plutôt qu’ils s’apprécient beaucoup et qu’ils n’auront pas de mal à partager une vie commune.

 

La jeune fille vient justement essayer sa robe. Une tante, qui est couturière chez les bourgeois, est venue faire les retouches. La robe est trop étroite au niveau du ventre, dit elle, c’est que la petite est ronde pour trois mois. La future mariée se caresse le ventre avec un sourire. La robe est celle de la mère de Louis. Elle est bleue car les femmes enceintes ne peuvent se marier en blanc. Qu’importe, si il n’y a que ça pour faire plaisir aux bonnes gens.

 

Dans la famille, c’est la coutume, on épouse la fille seulement si elle est enceinte. Le garçon se rappelle son grand-père, Maurice, un homme bourru, qui le prenait souvent sur ses genoux pour lui raconter son histoire. A 20 ans il c’était marié avec une voisine qu’il courtisait depuis un an. Les années passaient et à 24 ans il n’avait toujours pas de descendant. Son épouse mourut dans l’année d’une étrange intoxication alimentaire dont on ne put jamais déterminer la cause. Maurice se remaria avec une veuve de deux ans son aînée. Elle mourut trois ans plus tard, la bave aux lèvres, sans lui avoir donné d’enfants. Le gendarme du village vint posé des questions a la famille et l’affaire fut classée sans suite.

 

Il se remaria donc avec une jeunette d’à peine 18 ans, au tempérament sulfureux, dont le père fut plus qu’heureux d’accorder la main. La jeune fille avait, à tort, la réputation d’être volage. Il en eut deux enfants, une fille d’abord, puis un fils. Elle mourut peu après que le fils ait eu 1 an, tombée d’un pommier car elle avait mal fixé son échelle. Le boulangé clama haut et fort que cette mort n’avait rien d’accidentelle mais personne ne lui accordais le moindre crédit, d’autant qu’il rependait le bruit que cette honnête femme ai pu être sa maîtresse !

 

La fille attendit ses 21 ans pour se marier car la famille de son époux refusait que celui si épouse une femme si elle était enceinte. N’ayant pas l’accord de son père elle attendit sa majorité et eut  ensuite quatre enfants. Le fils fut marié à 20 ans avec une cousine lointaine dont le ventre rond leur assura d’emblée la bénédiction du père. Les jeunes mariés avaient cédés à cette coutume quelque peu inhabituelle de très bonne grâce !

Ils avaient eut un fils, Louis, celui la même qui se marie demain.

 

Louis eut une fille, Marie. Son épouse se remit assez rapidement de l’accouchement et retomba enceinte l’année suivante. Elle en eut un fils, Thomas. De ce jour là, son mari ne la toucha plus jamais et elle s’aigrit, son seul plaisir étant de se consacrer à ses enfants. Son mari était de plus en plus absent, préférant passer son temps libre avec quelques amis a la réputation des plus équivoques.

 

Je suis le mélange de ces deux familles, Laurent épousa Marie. La guerre de 14 avait changé la donne, les notaires et les médecins n’étaient plus la bourgeoisie d’un village de campagne tandis qu’à cause des privations et du rationnement les fermiers avaient fait fortune en vendant à prix d’or leur excédent au marché noir.

Mes grands-mères sont deux femmes aigries, abandonnées par leurs maris. Mes deux grands-pères sont des hommes absents.

Finalement, quel que soit leurs coutumes, leurs traditions, leurs besoins de préserver leurs réputations, ils en sont arrivés au même résultat.

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