LE TEXTE DE LA SEMAINE

9 11 2008

l_abeillelogo1

 

CONVERSATION
Johan BAGGIO BEMBE ,

Aurélie LÉGER
et JONATHAN
Etudiants

(In lecon 4: Indigénat, race pure, métissage … Chaque mot a sa raison d’être)

 

Johan : Je suis métis de père camerounais et de mère française avec des origines italiennes.
Ma vision sur l’Afrique et ses problèmes en général est qu’il y a tellement de problèmes africains qu’il ne faut plus trop raisonner en termes de problèmes parce que le mot problème réduit tout à un côté trop négatif.
Il faut maintenant voir les choses qu’on peut apporter. On connaît les problèmes que ce soit la corruption, le pillage de toutes les ressources par de grandes entreprises occidentales et des gouvernements africains mêmes qui sont en grande partie à blâmer.
Il faudrait laisser les problèmes de côté et voir ce qu’est l’Afrique aujourd’hui.
Mais le gros problème, c’est pour moi l’éducation, la conscientisation, un mouvement vers la démocratisation du savoir et de l’enseignement et surtout de la conscientisation. Un peu comme Cheik Anta Diop comme ce qu’il a commencé.
Je trouve que c’est présent dans les diasporas africaines, c’est-à-dire les communautés qui sont en Occident, aux Usa, mais pas en Afrique même.

 

Aurélie : moi je suis métisse martiniquaise, de père noir et de mère française.
Quant on voit en Centrafrique qui est un des pays le plus touché par le Sida mais qui a aussi une flore et une faune super développées mais aussi les clivages ethniques comme les pygmées où d’autres enroules comme ça.
Je pense que toute l’intelligentsia africaine manque de crédit, pas en terme de tunes mais…

 

Johan : (…) de représentation

 

Aurélie : ouais. J’ai vu des gens diplômé en géographie qui ont une licence et qui pourrait enseigner à la faculté et qui sont là au marché à vendre des légumes pourris.

 

Johan : leur savoir ils le donnent ici. Ca se voit souvent chez les intellectuels africains, ils sont très souvent portés sur la discussion c’est-à-dire on va relater les problèmes mais pas d’action, c’est-à-dire revenir dans mon pays pour changer les choses. Il y en a très peu qui font ça finalement.

 

Aurélie: Ouais et puis ça parait aussi un défi insurmontable, trop de déception de fatalisme, de gens qui ne veulent plus en entendre parler.

 

Johan : Il y a plein de gens aussi qui sortent de l’Afrique et qui disent non, je ne retournerais pas la bas. J’ai eu la chance d’en être sorti, je n’y retourne plus jamais.

 

Aurélie: ouais voila.

 

Johan : Justement il faut aussi promouvoir ce côté-là, il ne faut pas oublier qu’on a longtemps écarté l’idée de civilisation africaine, l’idée même de société africaine. Même tout ce qui est art a été mis de côté ou bien mis en avant pour les mauvaises raisons et les expositions en Europe ou on montrait des pygmées ou des mecs qui tapaient sur leur tambour avec le cri du gros sauvage alors que le djembé c’est un truc de fou. C’est un art à part entière, c’est un véritable art, c’est une façon de communiquer, c’est plus qu’un art, c’est un mode de vie
Il y a vraiment un énorme patrimoine sur lequel s’appuyer, l’art doit être mis en valeur.

 

Aurélie: reconnu aussi. En fait le problème aussi en général dans la mondialisation qui s’intensifie ces derniers temps c’est qu’il y a des gens ou des pays ou des cultures qui perçoivent la mondialisation comme un truc unilatéral et on a l’impression qu’ils se sentent obliger de se conformer à une norme occidentale sans pour autant que les occidentaux s’intéressent vraiment à leur culture à eux et il y a un côté un peu flippé de voir sa culture étouffée par une autre plus grande, il y a un peu de ça dans le terrorisme et pourtant la mondialisation, c’est un truc super intéressant, enrichissant…

 

Johan : ça se fait très mal aussi, dans le concept des lumières de développer…

 

Aurélie: non mais il y a des délires culturels genre l’année du Brésil, il faut un peu voir ce qui se passe ailleurs, ne pas seulement rester dans les délires de l’occident.
Il y a peut être aussi un lobby qui s’est installé lié avec le pouvoir et qui est peut être employé à mauvais escient aussi.
En Afrique il y a en moyenne 260 coups d’état par an. Après si il n’y a pas de stabilité au cœur même de l’Afrique, comment veux tu qu’ils puissent se représenter sur la scène mondiale. Il faut restructurer.

 

Johan : quant tu es métis, tu es plus sujet à des problèmes d’identité que d’autres personnes.

 

Aurélie : Être noir aussi. Ca se ressent beaucoup aujourd’hui les populations noires elles sont ravagées par le crac, le manque d’éducation (…)

 

Johan : ce qui s’est passé à la New Orléans (…)

 

Aurélie : (…) la violence (…)

 

Johan : (…) des populations pauvres, des renois qui n’ont pas pu bouger qui étaient dans la merde (…)

 

Aurélie : Aux usa, nous on n’est pas métis ou mulâtres, on est black. Dans le monde anglo-saxon si tu as une goutte de sang noir, tu es noir.

 

Johan : au moins ça règle pas mal de problèmes d’identité (rire)

 

Aurélie : aux usa, c’est dur. Les mecs sont racistes et fiers d’être racistes. Les blancs envers les noirs, les noirs envers les blancs, les noirs entre eux, le communautarisme, les latinos (…)

 

Johan : Déjà tu le vois juste avec le mot négro, neger. C’est le truc que tu trouves dans chaque stéréotype de la racaille américaine.
Négro genre négritude ouais ok mais c’est quant même dévalorisant.

 

Johan : la Martinique ? Je n’ai pas eu la chance d’y aller maintenant je trouve que ça s’éparpillent parce
Que mon père il y a un détachement identitaire par rapport à l’Afrique et m^me peut être la Martinique même si il parle créole. Culturellement il porte encore la Martinique mais il n’y est pas retourné depuis ma naissance.
Je pense que la Martinique, la Caraïbe, toutes ces îles là, ça a un côté vraiment paumé, déraciné, perdu, maladroit aussi dans sa façon de gérer qui se retrouve aussi dans le quotidien, les familles antillaises (…)

 

Johan : mais en même temps, il y a des trucs tellement géniaux qui ont découlé juste le créole par exemple, la langue créole cette capacité qu’ils ont eu de prendre la langue de l’occupant, de tout mélanger et de se refaire une culture.
Au niveau du langage, c’est pour ça l’anglais est la langue la plus parlée, eux ils annexent tous ces formes variantes de l’anglais, tu vois le booker price, il a été gagné par un indien, tandis qu’en France tu n’as rien, la langue française elle n’évolue pas un poil (…)

 

Aurélie : Non je ne suis pas d’accord, le français aujourd’hui, c’est un mélange avec de l’arabe, de l’africain, du gitan (…)

 

Johan : Je ne remets pas en question les mélanges qu’il y a eu, je remets en question ce qu’on va en tirer pour faire évoluer la langue.

 

Aurélie : La France c’est un pays très conservateur.

 

Johan : qui s’occupe de ça, c’est quelle chambre, je crois que c’est le sénat.

 

Aurélie : Ils ne veulent pas entendre parler de modifications de la langue française.

 

Johan : Il y a plein d’écrivains qui viennent d’Afrique et d’anciennes colonies et qui déchirent. A part Senghor et l’académie française, mais on va pas tout le temps rester sur les mêmes, Senghor, Césaire, on les connaît.

 

Aurélie : Il y a un côté un peu ‘les noirs qui parlent bien français’.

 

Johan : comme si Senghor c’était le seul nègre qui était arrivé à écrire un bouquin. Il y a aussi Sony Laboutangy.
Je ne dirais rien du Cameroun, moi je suis unijambiste, c’est ça le déracinement mon pote, je ne me suis pas fait d’idée du Cameroun. Je n’ai jamais goutté la nourriture camerounaise, je ferais ça direct au Cameroun avec mon père.
Par contre je suis allé au Burkina Fasso, j’ai un peu de famille la bas et je me sentais chez moi, j’étais à la maison mais j’ai vraiment un problème d’identité assez fort par ce qu’il me manque une partie, c’est ça en fait.
Si j’avais les deux ce serait une force.

 

Aurélie : Mais t’es pas obligé d’attendre ton père, tu peux rechercher maintenant !

 

Johan : Ah mais c’est ce que je suis en train de faire en ce moment même.

 

Aurélie : Voilà ! Mais ce n’est pas évident.

 

Johan : Indigènes (…)! Ce serait bien d’avoir des témoignages d’indiens d’Amériques du sud, par ce que eux ils ont été massacrés mais…

 

Aurélie : A part les caucasiens, tout le monde s’est fait traités d’indigènes. Au jour d’aujourd’hui, je pense qu’indigène c’est un terme qui devient vraiment obsolète, qui fait parti du passé qu’il ne faut pas oublier mais qui quelque part m’amuse. Je crois que c’est un concept irréel c’est-à-dire que même les races qu’on appellent pures, elles ont été crée par des mélanges à la base, même de l’être humain, à l’époque préhistorique il y avait plusieurs familles de bipèdes et eux-mêmes ont été amenés à se mélanger pour créer un hybride qui sera résistant à l’évolution mais au final, race pure, on peut pas la situer.
Pour moi ça veut rien dire race pure.

 

Johan : ouais moi non plus

 

Aurélie : Civilisation pure, culture pure je ne comprends pas.
Même en Inde le système des castes, les gens intouchables …j’aimerai savoir comment il gère l’envie de préserver les puretés au quotidien.

 

Johan : (…) comme les hutus ou les tutsis…nous on se fait traité de blancs chez les noirs et de noirs chez les blancs

 

Aurélie : ouais se faire traiter de blanc bec (…)

 

Johan : même 1 noir qui est né en occident et qui a grandi ici quand il revient, c’est un blanc, sauf qu’il est moins visible.
Si tu as le teint plus clair tu as plus d’efforts à faire pour t’intégrer mais (…)

 

Aurélie : Ouais c’est vrai mais ça mène où ces idées la. Entre hutus et tutsis ça a quoi comme résultats ? Cette façon de hiérarchiser ça mène a quoi ?

 

Johan : le métissage c’est l’avenir

 

Aurélie : C’est l’avenir et ces le passé aussi

 

Johan : ouais en Egypte il y avait des gens toutes les couleurs

 

Aurélie : ouais bien sur je trouve qu’il y a un côté contre nature dans cet acharnement à préserver les races.

 

Johan : exact, c’est contre nature

 

Aurélie : Ouais tu vois ça aussi dans les mots mulâtres, mulet, c’est le petit stérile d’un âne et d’un cheval.

 

Johan : exact

 

Aurélie : L’idée de placer un mot sur ce mélange entre âne et cheval
Je trouve ça intéressant par ce que ça veut dire qu’on donne sa place à…ne pas être âne, cheval, mulâtres…

 

Johan : ouais attend par ce que placer des mots sur carterons octavon …
Il y a un terme global qui est métis
Sinon tu arrives à des trucs redneck où ça fait peur et ils se font des gosses entre eux.

 

Aurélie : De toute façon au delà de la couleur de la peau, il y a aussi une question de culture ça c’est un fait

 

Jonathan : Moi j’ai des problèmes identitaires avec ça, en plus de mes parents sont divorcés. Je suis né en France et je ne suis jamais allé en Afrique mais je me suis aussi déjà fait traité de blanc et de nègre, la langue c’est dur, tout seul j’ai quand même appris le lingala.

 

Johan : ouais il y a des gens qui sont noirs de la peau mais qui sont blancs dans leur tête.
Gardons espoir.

 

Aurélie : Quelque soit tes origines, ton attachement à ton pays, il ne faut pas avoir peur de l’autre. Par ce le plus grand problème de l’être humain, c’est qu’il a peur du changement, de l’inconnu.
Et s’il y a un foyer de mauvaises vibrations…

 

Johan : mais bien sur, en France, c’est ce qui s’est passé lors de la présidentielle, la plupart des gens qui ont voté Le Pen, ce sont des gens de campagnes qui ont jamais vu un noir ou un arabe…

 

Aurélie : Ouais mais faut pas les diaboliser, ils vivent dans leur campagne profonde et le soir ils voient des jeunes rebeus, renois ou même français qui s’habillent en survêt qui vont brûler des voitures qui vont (…)

 

Johan : Ouais mais c’est même plus insidieux parce que la France, c’est un pays assez rural et ces gens sont pas forcément en contact avec la violence des cités. Leur réalité c’est TF1.

 

Aurélie : Moi j’en vois plein qui au quotidien pourrait être considéré comme les plus racailles mais qui sont les plus polis dans le bus avec les vieilles dames, malheureusement les gens n’ont pas toujours l’occasion de s’en rendre compte de ce genres de choses.
Le problème, c’est surtout la peur.

 

Johan : et quand tu as peur tu as très vite tendance à classifier, cataloguer.

 

Aurélie : La peur, ça te pousse à rentrer dans une organisation pour neutraliser ce qui fait que tu as peur…

 

Johan : l’immigration ! Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi les gens veulent venir en France, alors que la plupart du temps ils trouvent plus la merde que chez eux et pourquoi la réaction c’est la répression.

 

Aurélie : Ouais Sarkozy et son immigration choisie, cet homme qui se veut vraiment en face des problèmes, c’est vraiment du pipo par ce que régler ce problème c’est aider les gens dans leur propre pays.
Pourquoi ils vont jusqu’à risquer leur vie pour arriver jusqu’ici ? C’est ça la question !
Ils mettent leur vie en péril, quittent leur famille, leur culture…Ce sacrifie il veut bien dire quelque chose. Ca veut dire qu’il y a des choses invivables sur place.

 

Aurélie : lieu de craquer du fric dans l’administration ou essayer de bloquer les frontières je pense que ce serait plus efficace de créer des fonds pour l’éducation, les universités et d’aider l’Afrique à se structurer pour être autonome.

 

Johan : Ouais c’est en Afrique qu’il y a le plus besoin de gens qualifiés.
Il n’y a pas de boulot ici mais va la bas tu seras utile.

 

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