LE TEXTE DE LA SEMAINE

26 10 2008

 

 

 

AUTRE MEMOIRE
Hadelin DERONT

(in Leçon 8, Territoire, Racisme et Immigration ou L’histoire des liens et les liens de l’Histoire.)

 

Fuir à l’essentiel,
Mémoire
Où l’on revient toujours,
Les yeux fermés

D’un battement d’aile.

(in Lunes de gaz)





LE TEXTE DE LA SEMAINE

12 10 2008

 

 

Philippe MELONI

What Selassie I done, revel it ! ANCIENT KING.

In lecon 4. Indigénat, race pure, métissage … Chaque mot a sa raison d’être

 

Au début des années 1950, Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié Ier fait don à toute la diaspora noire d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et des Caraïbes de 200 hectares de terres fertiles à Shashemene, une ville commerçante dans la vallée du Rift, à 250 km au sud de la capitale Addis-Abeba.

Si Shashemene rime aujourd’hui avec « rastaman », cette concession territoriale ne s’adressait pas aux seuls Rastas, mais bel et bien à toute la diaspora noire. Ce don était signe de la reconnaissance du Négus pour le soutien moral et financier de la communauté noire à l’effort de guerre éthiopien lors de l’invasion du pays par les troupes mussoliniennes entre 1935 et 1941.

À Shashemene, ville de 100 000 habitants située à 1900 mètres d’altitude, les descendants d’esclaves bénéficient désormais d’une terre fertile pour s’installer dans ce qu’ils identifiaient comme « Sion », la terre sainte, pour y vivre le « livity », mode de vie conforme à la philosophie rasta.

Descendant du roi Salomon et de la reine de Saba

Quels sont exactement les liens particuliers qui lient les rastas à l’Ethiopie ? Pour les Rastas du monde entier, SMI l’Empereur Haïlé Selassié I incarne la figure messianique du Rédempteur. Né Tafari Makonnen, il portait le titre ras d’où le nom adopté par les adeptes du mouvement Rastafari. L’Ethiopie était depuis longtemps une métaphore des peuples noirs et de la nation noire. Le Jamaïcain Marcus « Mosiah » Garvey (1887-1940), imprimeur et nationaliste noir avait fondé l’Association Universelle pour le Progrès des Nègres en 1917 et avait souvent parlé de la nécessité pour les Noirs de rentrer en Afrique, ainsi que du besoin de voir Dieu à travers les « lunettes de l’Ethiopie », c’est-à-dire pour les Noirs l’importance de retrouver un Dieu noir, à leur image. Son mouvement avait attiré des millions d’adhérents noirs et Garvey était craint par les puissances occidentales. Alors lorsqu’en 1930 Ras Tafari Makonnen est couronné avec le nom « Haile Selassie » (Pouvoir de la Trinité) et avec les titres messianiques de Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion conquérant de la Tribu de Juda, Elu de Dieu, Lumière du monde, il ne fallait qu’un pas pour que les communautés garveyites y voient la réalisation des prophéties bibliques ayant trait au retour du Christ en la personne d’un Roi. Cependant, c’est le ‘Gong’, Leonard Percival Howell, qui sera le premier à révéler L’Empereur d’Ethiopie comme messie et rédempteur.

L’ascendance du jeune roi (37 ans à l’époque) plongeait dans des récits bibliques : il serait le 225ème descendant de l’union entre le roi Salomon et la reine de Saba. De plus, le royaume abyssin représentait pour les nationalistes noirs et les adeptes de Rastafari la seule nation libre et souveraine d’Afrique alors colonisée. Seulement, le pays se trouve envahi par l’armée italienne en 1896, puis à nouveau en 1935, contraignant l’Empereur éthiopien à l’exil. Cette situation éveille un sentiment pro-éthiopien parmi les membres de la diaspora africaine qui se soulèvent pour soutenir les troupes éthiopiennes

Une terre en donation

« L’Ancien Testament, ouvrage de référence des Rastas, mentionne le mot « Ethiopie » à plus de trente reprises, ce qui permet d’établir un lien biblique avec ce pays synonyme de paradis sur terre. La Genèse évoque le ‘Jardin d’Eden’ que les Rastas associent avec l’Ethiopie », explique Brother Karl, président de la Jamaican Rastafarian Development Community of Shashemene (JRDC), organisation rasta basée à Washington sur le modèle de celle fondée en Ethiopie. Et de poursuivre : « L’Ethiopie est le premier pays à avoir reçu l’Ancien Testament, et les Ethiopiens sont les premiers fidèles du Christ ».

« Repatriation is a must » (le rapatriement est une nécessité), thème récurrent dans les chansons de roots reggae, le rapatriement en Ethiopie constitue une problématique au cœur de la culture Rastafari. En effet, les Rastas voient en l’Ethiopie, qu’ils surnomment « Sion » ou encore la « nouvelle Jérusalem », un lieu de pèlerinage, la Terre Promise qui a vu naître leurs ancêtres.

Un rapatriement en masse, un soutien pour les Éthiopiens…

C’est ainsi qu’après les premiers arrivés au début des années 1950, une dizaine de familles sont venues de la Caraïbe et des États-Unis durant les années 1960 à Shashemene, suivies par d’autres, jusqu’à l’arrêt des arrivées à la fin des années 1970 à cause de la situation politique éthiopienne. Ce n’est qu’après 1991 que les arrivées ont repris de plus belle. Les premiers à avoir accepté le cadeau du Négus et à s’être déplacés vers la « Terre Promise » étaient des garveyites, des Juifs noirs, des Musulmans noirs et des Baptistes. Ils étaient peu nombreux et dès les années 1970, seulement des Rastas ont continué à venir et à s’installer à Shashemene. « Mais seuls les plus fervents ont pu économiser suffisamment pour financer leur rapatriement», nous confie Brother Karl, même si des organisations comme la Fédération mondiale éthiopienne et les Douze Tribus d’Israël, durant les années 1970 ont financé et soutenu le voyage et l’installation de leurs membres. En 2001, on comptait plus de 200 familles rapatriées à « Sion ».

Ceux qui sont arrivées n’étaient pas “bien lotis” en occident, mais étaient pauvres pour la plupart, issus des ghettos de Kingston. Dans les années 1990 des personnes plus aisées mais autant victimes du racisme et de la marginalisation économique et sociale dans les métropoles anglophones ont commencé d’arriver.

L’intention qui sous-tend le besoin de rapatriement de la diaspora africaine en Ethiopie est avant tout de fuir « Babylone », le monde blanc occidental synonyme d’oppression, pour venir soutenir le développement d’une terre dont l’indépendance avait été fièrement défendue par les éthiopiens malgré la pauvreté et, parfois, la faim. « Nos frères ont voulu quitter Babylone, ce monde de violence et de sang, pour participer au développement de Mama Africa (l’Ethiopie). Ils y ont trouvé les bases leur permettant de mener une vie meilleure. C’est précisément au moment où nos frères éthiopiens sont dans le besoin que nous devons être présents », nous explique Brother Karl.

…mais au changement de gouvernement les difficultés apparaissent…

En 1974, le comité militaire qui gouverne l’Ethiopie, le Derg, renverse la monarchie et entreprend la nationalisation des terres pour permettre à toute la classe paysanne d’avoir son lopin. Des 200 hectares de terres offerts par l’Empereur, seule une poignée de parcelles est restée aux mains des rapatriés de la diaspora.

Beaucoup d’Ethiopiens n’étant pas familiers de l’histoire de la diaspora africaine et des conditions dans laquelle elle avait vécue, ils avaient parfois du mal à comprendre ce que ces rapatriés faisaient là. Alors que SMI Haile Selassie I avait appelé les jamaïcains des « frères de sang » lors de sa visite en Jamaïque en 1966, les paysans autour de Shashemene trouvaient surtout qu’ils avaient trop de terres et n’arrivaient plus à comprendre, après la révolution, leur attachement à l’Empereur.

« Certains Ethiopiens considèrent que leur terre a été donnée à des étrangers, des gens venus d’ailleurs, ce qui marginalise les populations ayant accepté l’offre introduite par la concession territoriale. Cette situation a suscité chez certains l’envie et la jalousie envers les rapatriés. Car l’Éthiopie demeure un pays sous-développé qui accueille des populations mieux loties en Occident. Et puis la population est jeune : 60 à 70% de la population a moins de 20 ans, et le plein emploi n’est pas encore d’actualité », explique Brother Karl. Ainsi, les descendants d’esclaves rapatriés en Ethiopie sont confrontés à la pression permanente de leurs voisins qui vivent dans la pauvreté. C’est pourquoi les immigrés de la diaspora tentent de « prouver qu’ils méritent la terre que l’héritier désigné de la lignée royale salomonienne leur a offert ».

… même si tous travaillent au développement local

C’est là tout le travail de la Jamaican Rastafari Developement Community (JRDC) qui entreprend divers projets à Shashemene. La fondation de la JRDC était d’abord une initiative locale, à Shashemene puis des contacts se sont établis avec les communautés Rastas aux Etats-Unis. Le développement impulsé localement est la preuve que les rapatriés se sont engagés dans leur communauté à Shashemene. L’école de la JRDC en est un bon exemple et a une particularité qui fait d’elle un cas unique dans toute l’Afrique : elle a été fondée par des descendants d’africains qui ont choisi de nouer leur destinée avec celle de l’Afrique et de s’installer à Shashemene, où ils avaient été invités par SMI l’Empereur Haile Selassie. L’école est reconnue par le Ministère de l’éducation et l’enseignement suit le cursus éthiopien. Elle dispense un enseignement en amharique (la langue impériale) et en anglais (langue étrangère obligatoire). Elle s’est récemment agrandie et accueille maintenant près de 500 élèves. Tous les efforts possibles sont faits par la communauté locale et les administrateurs de l’Ecole pour que les conditions y soient meilleures que dans les écoles publiques alentour où se retrouvent parfois une centaine d’élèves par classe. L’école a la seule bibliothèque du quartier et en sus des langues, toutes les disciplines y sont enseignées, ainsi que l’éducation physique et la pratique informatique. Les frais d’inscription sont très abordables pour que tous les enfants, immigrés ou éthiopiens puissent y venir. Les besoins sont néanmoins pressants en termes de salles de classe, de cantine et d’élargissement des effectifs. Notre but est de soutenir avec force et vigueur cette première école panafricaine sur le continent, afin que la jeunesse puisse connaître son Histoire (sans aucune concession), aimer son Continent et pousser sur des racines solides.

« Un melting-pot »

La communauté de Shashemene rassemble les différentes « maisons » qui forment le mouvement Rastafari : la Fédération Mondiale Ethiopienne, l’Ordre de Nyahbinghi, l’Ethiopia Africa Black International Congress (Bobo Ashanti), les Douze Tribus d’Israël, ainsi que tous les Rastas « indépendants ».

« C’est un véritable melting-pot », commente Brother Levi, organisateur des cérémonies de commémoration du 60ème anniversaire de la naissance de Bob Marley (6 février) qui se sont tenues à Addis-Abeba pendant tout le mois de février 2005. Et de poursuivre « A Shashemene, les Jamaïcains représentent la majorité des rapatriés, mais on trouve aussi des Rastas venus de la Martinique, d’Allemagne, de Suède et même du Japon ! ». Une population qui demeure en attente de la reconnaissance du gouvernement éthiopien qui semble avoir oublié les politiques panafricaines de l’Empereur…

HAILE I SELASSIE I JAH RASTAFARI !!

A suivre …

 





LE TEXTE DE LA SEMAINE

2 10 2008

Abdelhak ZIANI
Sans papiers sans valise
Sans identité
Église St Boniface novembre 2005

In lecon 2 « LE CAUCHEMAR DE DARWIN. Maudit poisson! Pourquoi avoir été aussi bon? Les délires de la mondialisation »

Bruxelles BELGIQUE

 

 

Le miroir,
Notre peur
Des gens qui passent
Le temps qui laisse des traces
Et nous on reste là
À choisir les mots
À apprendre à ne pas choisir
Apprendre à accepter
À subir, à fuir, à mourir
Le fruit d’une production en chaîne
Ne peut produire à son tour
Sur les traces de notre peur
De disparaître un jour
Sans laisser de trace
Prisonnier du passé
Victime du présent
Appât du futur