Le texte de la semaine

30 06 2008

DIGNES D’ÊTRE DE LA RACE DES HOMMES
Juste SINDIHEBURA

(in leçon 4, Indigènes races pures et métissages)

Liège BELGIQUE

« La différence des couleurs de peau est devenue l’indice visible de différences invisibles porteuses de qualités inférieures ou supérieures. Réduit à son statut de dominé et d’exploité, dont sa couleur de peau prend le sens d’un marqueur naturel, le Noir africain peut être méprisé, traité comme un sous-homme, une marchandise ordinaire. Il y a là une réinvention de la catégorie de l’esclave par nature (…)
(…) Le sang noir est imaginé comme le support de la transmission héréditaire de l’infériorité intellectuelle et morale, sous la supposition qu’un peu de ‘sang noir’ suffit pour que la race ou la lignée soit irrémédiablement ‘souillée’. Conséquence directe de cette doctrine inacceptable : le métissage, en particulier le croisement entre Blancs et Noirs (entre les maîtres européens et leurs esclaves africains) doit être proscrit comme une déviation monstrueuse du désir de procréation et comme une violation des lois de la nature. L’argument fondamental et récurrent est qu’il produit une dégradation de la ‘race supérieure’ sans pour autant améliorer en proportion la ‘race inférieure’, celle-ci étant jugée imperfectible (…)
(…) Malgré des survivances, ce racisme classique, hiérarchisant les groupes humains selon des caractéristiques somatiques ou phénotypiques, a globalement reculé. Il a perdu toute légitimité scientifique, et, depuis 1945, est condamné universellement. Seulement, nous sommes passés d’un racisme biologique ou bio-racial à un néo-racisme culturel, qui consiste à absolutiser les différences culturelles (notamment les différences religieuses) en les essentialisant, pour en faire de nouveaux marqueurs d’altérité radicale ou d’infériorité irrémédiable» Pierre-André TAGUIEFF

L’important n’est pas ce que vous allez lire, l’important est ce que vous allez comprendre. Voici mot pour mot l’histoire que nous contaient nos Grands-Pères :

Deux vieillards, se faisant face au bord d’une falaise, discutaient. Parfois, au paroxysme de l’ennui ou de l’énervement, ils se lançaient des petits cailloux ou d’énormes rochers sur la tête. Mais, le plus clair de leur temps, ils s’épuisaient de mots tantôt aussi doux que la brise fraîche des nuits estivales, tantôt aussi acérés que les rafales du vent hivernal. Au bord de ce gouffre sans fonds, ils palabraient depuis … depuis quand déjà ?

« Dis-moi mon frère…» la lueur dans les yeux fatigués du vieillard noir trahissait la sagesse injectée dans le moindre de ses paroles : « Dis-moi… est-ce que tu me vois ? » continua-t-il tout en essayant péniblement de se relever de toute sa hauteur. Mais, la petite chaise en bois d’ébène sculpté semblait irrésistiblement attirer ses vieux os vers le bas. Ah ! Maudite vieillesse … pourquoi si vite et si tôt ?

Sur l’autre bord, le fringuant vieillard blanc, occupé à s’occuper de sa vie, tourna nonchalamment son vif regard et répondit avec une note d’agacement : « Je te vois depuis toujours mon ami. Je te connais depuis toujours ! » Alors qu’il prononçait ces mots, son esprit fut une fois encore intrigué par la chaleur qui semblait littéralement baigner les paysages envoutants d’outre-rive … « Les cieux lui sont bien cléments ! Serait-ce de l’envie que je sens me submerger le cœur ?… » ne put-il pas s’empêcher de penser.

Le sage noir maudit en silence l’agressivité de ce soleil au zénith dont les assauts lui brulaient les deux ou trois cheveux tenant encore debout sur son crâne. D’un geste devenu machinal depuis longtemps, il essuya la sueur de son front et répliqua : « Mon frère, comment veux-tu me voir si tu ne me regardes pas ? Comment dis-tu me connaître si tu ne me vois pas ? Comment peux-tu me regarder si tu es effrayé par la vérité simple et limpide que tu vas découvrir en moi ? Eh oui, la vérité ! Celui que tu nommes depuis la nuit des temps ‘l’étranger’ n’est nul autre que moi, ton frère ! »

D’un mouvement de la main, le sage blanc balaya cette objection : « La vieillesse n’a pas adouci ton humeur mon ami. Comment puis-je donc ne pas te regarder, ne pas te voir et ne pas te connaître alors que c’est moi et moi seul qui t’apporte les nouvelles de la civilisation et de l’humanité ? Aurai-je un jour droit à ta gratitude ? »

Alors que ses yeux plissaient sous l’effort, essayant de deviner cette matière qui se dérobait à son esprit, le sage noir se murmura : « Que peut bien être ce voile blanc qui recouvre ses terres et ses montagnes ? Quelle beauté, quelle pureté !»

« Pardon ? » dit le sage blanc en entendant le chuchotement. Cet hiver là, le froid se montrait bien impitoyable et faisait trembler ses os usés par le temps.

« Pardon de quoi mon frère ? Pardon que la peur, la méfiance et l’ignorance que tu as à mon égard t’égare et annihile dans ton esprit la seule idée qu’un jour tu puisses reconnaître en moi ton frère, ton frère de sang ? Et voilà que tu as inventé des mots pour mieux te distinguer, mieux t’éloigner de moi, pour mieux te rassurer : désormais, j’appartiens à une autre race malgré que le même sang des mêmes ancêtres coule dans nos veines…» le sage noir avait parlé plus haut que sa pensée.

« Euh… non, je te demandais pas de me pardonner, mais de me dire ce que tu viens de murmurer ! » précisa le sage blanc un peu interloqué par les mots de son voisin.

« Ah, ça !… ce n’est rien. Juste des futilités de vieillards. Mais, dis-moi plutôt, si vraiment tu me regardes et que tu me vois, si réellement tu me connais vraiment, alors de quelle couleur est ma peau ? » se reprit le sage noir

Les yeux du sage blanc se faufilaient comme ils pouvaient parmi les rayons de lumière qui inondaient l’autre rive. Mais, ils n’arrivaient plus à y percevoir que ce qui brillait « Quelle étrange question !… Mon ami, saches que ta couleur m’importe peu ! » rétorqua-il de plus en plus intrigué.

« Eh bien, nous y voilà mon frère !… » Le sage noir sourit et demanda sans détour « si la couleur de ma peau t’importe peu, puis-je savoir pourquoi tu as décidé que ce soit à elle que je doive ma race ? Si elle est de si peu d’intérêt tes yeux, à quoi peuvent bien te servir ces petits noms que tu aimes me donner : homme de couleur, indigène… »

« Un cœur qui aime rentre son dard… n’insistes donc pas ! ‘Homme de couleur’ n’est qu’une jolie façon pour t’appeler mon ami » essaya de se convaincre le sage blanc.

« Jolie ? Tu dis ‘jolie’ ?… laisses-moi te raconter une histoire. Tu estimes poétique de me qualifier d’homme de couleur, mais, cher frère, moi quand je suis né, j’étais noir. En grandissant, j’ai gardé ma peau noire. Lorsque je vais au soleil, je reste noir. Quand j’ai peur ou que je suis malade, je suis noir. Même à ma mort, je serais noir. Tandis que toi, mon frère, à ta naissance, tu étais rose. Quand tu as grandi, tu es devenu blanc. La peur te rend vert et la maladie te rend jaune. A ta mort, tu seras gris. Alors, dis-moi mon frère, pourquoi m’appelles-tu homme de couleur ? » Le sage noir toussota un peu … ces longues phrases l’épuisaient toujours. Ensuite, il continua « Chaque mot a sa raison d’être ! Alors, dis-moi pourquoi tu m’appelles ‘homme de couleur’ ?»

Dans l’esprit du sage blanc, l’idée fit son chemin avant de prendre racine et de germer. Alors, le vieillard avoua : « Il est vrai que ces innocents euphémismes ne font que masquer des réalités que ma conscience n’arrive pas à admettre. Peut-être est-ce pour te refuser notre égalité culturelle et ma fraternité. Sont-ce encore des euphémismes ?… »

« Ce ne sont plus des euphémismes mon frères ! Rien de moins que des sobriquets dénigrants et salissants qui me rendent si exotique, si peu civilisé et si… ‘coloré’ dans mes habitudes et dans ma culture que tu te permets de t’ériger en guide da ma destinée » sans aucune colère dans sa voix, le vieux noir venait de rendre compte à son frère blanc de son éternel sentiment de rejet et, parfois, de mépris.

Alors que le soleil commençait à décliner et se couchait derrière lui, le regard du sage blanc, plein d’émotions, suivait le parcours de cet astre. Il s’exclama : « Mon frère, maintenant je te vois. Maintenant je comprends !… Comment ai-je pu être aveuglé si longtemps par le dilemme qui hante et asphyxie mon esprit : je ne savais plus comment continuer à t’appeler ‘noir’ alors que j’ai contribué depuis des siècles à donner à ce mot un sens si péjoratif et insultant ? Insultant pour ta personne ; insultant pour ta culture ; Et, sans m’en rendre compte, insultant pour toute l’humanité»

«Ce n’est pas ‘ Noir’ qui est une insulte, mon frère. La vérité est que je dois la couleur de ma peau à quelques milligramme de mélanine et non pas à la noirceur de mon cœur ou à l’infériorité de ma culture.»

« Tu as raison, mon frère. D’autant plus que je ne suis pas blanc grâce à l’immaculé de mon cœur malgré la haute estime que je peux porter à ma civilisation. D’ailleurs, ai-je une civilisation propre, séparée de la tienne, qui me rendrait mieux informé des enjeux du monde ? Ou est-ce encore une façon inconsciente de te refuser le droit d’être toi en te qualifiant inférieur à moi. »

Un long silence suivit puis le sage blanc reprit en regardant dans le gouffre devant lui : « En y repensant, mon frère, quelle futilité toutes ces différences et ces fossés que nous creusons entre nous ! Je suis blanc, tu es noir, mais surtout nous sommes des hommes. Montrons-nous dignes de cette humanité ! As-tu remarqué que le même soleil traverse chaque jour ce gouffre ? Oui, le même soleil dans tes contrées comme dans les miennes ! Pourtant, nous, nous considérons cette barrière infranchissable… Quelle sottise mon frère ! Quelle sottise !»

Le sage noir acquiesça avant d’ajouter : « Un jour, un ami m’a dit ‘je rêve d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus’. Moi, je ne veux plus en rêver, je veux le construire ce monde ! Mais, je ne peux et je ne veux le faire qu’avec toi ! »

On dit que le racisme nous sert à déporter sur l’autre le dégoût que nous avons de nous-mêmes. Pour que notre beauté nous soit révélée, il faut d’abord aimer le frère que nous décelons dans l’autre et considérer cet autre comme un être pourvu de la dignité humaine. Entendez, donc, ce que ces ainés viennent de nous enseigner !

Après s’être promis que dès le lendemain ils allaient jeter un pont sur le gouffre qui les séparait, les deux vieillards, se faisant toujours face, reprirent leurs discussions. Ils palabrèrent jusqu’à … jusqu’à quand déjà ?

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