Le texte de la semaine

30 06 2008

DIGNES D’ÊTRE DE LA RACE DES HOMMES
Juste SINDIHEBURA

(in leçon 4, Indigènes races pures et métissages)

Liège BELGIQUE

« La différence des couleurs de peau est devenue l’indice visible de différences invisibles porteuses de qualités inférieures ou supérieures. Réduit à son statut de dominé et d’exploité, dont sa couleur de peau prend le sens d’un marqueur naturel, le Noir africain peut être méprisé, traité comme un sous-homme, une marchandise ordinaire. Il y a là une réinvention de la catégorie de l’esclave par nature (…)
(…) Le sang noir est imaginé comme le support de la transmission héréditaire de l’infériorité intellectuelle et morale, sous la supposition qu’un peu de ‘sang noir’ suffit pour que la race ou la lignée soit irrémédiablement ‘souillée’. Conséquence directe de cette doctrine inacceptable : le métissage, en particulier le croisement entre Blancs et Noirs (entre les maîtres européens et leurs esclaves africains) doit être proscrit comme une déviation monstrueuse du désir de procréation et comme une violation des lois de la nature. L’argument fondamental et récurrent est qu’il produit une dégradation de la ‘race supérieure’ sans pour autant améliorer en proportion la ‘race inférieure’, celle-ci étant jugée imperfectible (…)
(…) Malgré des survivances, ce racisme classique, hiérarchisant les groupes humains selon des caractéristiques somatiques ou phénotypiques, a globalement reculé. Il a perdu toute légitimité scientifique, et, depuis 1945, est condamné universellement. Seulement, nous sommes passés d’un racisme biologique ou bio-racial à un néo-racisme culturel, qui consiste à absolutiser les différences culturelles (notamment les différences religieuses) en les essentialisant, pour en faire de nouveaux marqueurs d’altérité radicale ou d’infériorité irrémédiable» Pierre-André TAGUIEFF

L’important n’est pas ce que vous allez lire, l’important est ce que vous allez comprendre. Voici mot pour mot l’histoire que nous contaient nos Grands-Pères :

Deux vieillards, se faisant face au bord d’une falaise, discutaient. Parfois, au paroxysme de l’ennui ou de l’énervement, ils se lançaient des petits cailloux ou d’énormes rochers sur la tête. Mais, le plus clair de leur temps, ils s’épuisaient de mots tantôt aussi doux que la brise fraîche des nuits estivales, tantôt aussi acérés que les rafales du vent hivernal. Au bord de ce gouffre sans fonds, ils palabraient depuis … depuis quand déjà ?

« Dis-moi mon frère…» la lueur dans les yeux fatigués du vieillard noir trahissait la sagesse injectée dans le moindre de ses paroles : « Dis-moi… est-ce que tu me vois ? » continua-t-il tout en essayant péniblement de se relever de toute sa hauteur. Mais, la petite chaise en bois d’ébène sculpté semblait irrésistiblement attirer ses vieux os vers le bas. Ah ! Maudite vieillesse … pourquoi si vite et si tôt ?

Sur l’autre bord, le fringuant vieillard blanc, occupé à s’occuper de sa vie, tourna nonchalamment son vif regard et répondit avec une note d’agacement : « Je te vois depuis toujours mon ami. Je te connais depuis toujours ! » Alors qu’il prononçait ces mots, son esprit fut une fois encore intrigué par la chaleur qui semblait littéralement baigner les paysages envoutants d’outre-rive … « Les cieux lui sont bien cléments ! Serait-ce de l’envie que je sens me submerger le cœur ?… » ne put-il pas s’empêcher de penser.

Le sage noir maudit en silence l’agressivité de ce soleil au zénith dont les assauts lui brulaient les deux ou trois cheveux tenant encore debout sur son crâne. D’un geste devenu machinal depuis longtemps, il essuya la sueur de son front et répliqua : « Mon frère, comment veux-tu me voir si tu ne me regardes pas ? Comment dis-tu me connaître si tu ne me vois pas ? Comment peux-tu me regarder si tu es effrayé par la vérité simple et limpide que tu vas découvrir en moi ? Eh oui, la vérité ! Celui que tu nommes depuis la nuit des temps ‘l’étranger’ n’est nul autre que moi, ton frère ! »

D’un mouvement de la main, le sage blanc balaya cette objection : « La vieillesse n’a pas adouci ton humeur mon ami. Comment puis-je donc ne pas te regarder, ne pas te voir et ne pas te connaître alors que c’est moi et moi seul qui t’apporte les nouvelles de la civilisation et de l’humanité ? Aurai-je un jour droit à ta gratitude ? »

Alors que ses yeux plissaient sous l’effort, essayant de deviner cette matière qui se dérobait à son esprit, le sage noir se murmura : « Que peut bien être ce voile blanc qui recouvre ses terres et ses montagnes ? Quelle beauté, quelle pureté !»

« Pardon ? » dit le sage blanc en entendant le chuchotement. Cet hiver là, le froid se montrait bien impitoyable et faisait trembler ses os usés par le temps.

« Pardon de quoi mon frère ? Pardon que la peur, la méfiance et l’ignorance que tu as à mon égard t’égare et annihile dans ton esprit la seule idée qu’un jour tu puisses reconnaître en moi ton frère, ton frère de sang ? Et voilà que tu as inventé des mots pour mieux te distinguer, mieux t’éloigner de moi, pour mieux te rassurer : désormais, j’appartiens à une autre race malgré que le même sang des mêmes ancêtres coule dans nos veines…» le sage noir avait parlé plus haut que sa pensée.

« Euh… non, je te demandais pas de me pardonner, mais de me dire ce que tu viens de murmurer ! » précisa le sage blanc un peu interloqué par les mots de son voisin.

« Ah, ça !… ce n’est rien. Juste des futilités de vieillards. Mais, dis-moi plutôt, si vraiment tu me regardes et que tu me vois, si réellement tu me connais vraiment, alors de quelle couleur est ma peau ? » se reprit le sage noir

Les yeux du sage blanc se faufilaient comme ils pouvaient parmi les rayons de lumière qui inondaient l’autre rive. Mais, ils n’arrivaient plus à y percevoir que ce qui brillait « Quelle étrange question !… Mon ami, saches que ta couleur m’importe peu ! » rétorqua-il de plus en plus intrigué.

« Eh bien, nous y voilà mon frère !… » Le sage noir sourit et demanda sans détour « si la couleur de ma peau t’importe peu, puis-je savoir pourquoi tu as décidé que ce soit à elle que je doive ma race ? Si elle est de si peu d’intérêt tes yeux, à quoi peuvent bien te servir ces petits noms que tu aimes me donner : homme de couleur, indigène… »

« Un cœur qui aime rentre son dard… n’insistes donc pas ! ‘Homme de couleur’ n’est qu’une jolie façon pour t’appeler mon ami » essaya de se convaincre le sage blanc.

« Jolie ? Tu dis ‘jolie’ ?… laisses-moi te raconter une histoire. Tu estimes poétique de me qualifier d’homme de couleur, mais, cher frère, moi quand je suis né, j’étais noir. En grandissant, j’ai gardé ma peau noire. Lorsque je vais au soleil, je reste noir. Quand j’ai peur ou que je suis malade, je suis noir. Même à ma mort, je serais noir. Tandis que toi, mon frère, à ta naissance, tu étais rose. Quand tu as grandi, tu es devenu blanc. La peur te rend vert et la maladie te rend jaune. A ta mort, tu seras gris. Alors, dis-moi mon frère, pourquoi m’appelles-tu homme de couleur ? » Le sage noir toussota un peu … ces longues phrases l’épuisaient toujours. Ensuite, il continua « Chaque mot a sa raison d’être ! Alors, dis-moi pourquoi tu m’appelles ‘homme de couleur’ ?»

Dans l’esprit du sage blanc, l’idée fit son chemin avant de prendre racine et de germer. Alors, le vieillard avoua : « Il est vrai que ces innocents euphémismes ne font que masquer des réalités que ma conscience n’arrive pas à admettre. Peut-être est-ce pour te refuser notre égalité culturelle et ma fraternité. Sont-ce encore des euphémismes ?… »

« Ce ne sont plus des euphémismes mon frères ! Rien de moins que des sobriquets dénigrants et salissants qui me rendent si exotique, si peu civilisé et si… ‘coloré’ dans mes habitudes et dans ma culture que tu te permets de t’ériger en guide da ma destinée » sans aucune colère dans sa voix, le vieux noir venait de rendre compte à son frère blanc de son éternel sentiment de rejet et, parfois, de mépris.

Alors que le soleil commençait à décliner et se couchait derrière lui, le regard du sage blanc, plein d’émotions, suivait le parcours de cet astre. Il s’exclama : « Mon frère, maintenant je te vois. Maintenant je comprends !… Comment ai-je pu être aveuglé si longtemps par le dilemme qui hante et asphyxie mon esprit : je ne savais plus comment continuer à t’appeler ‘noir’ alors que j’ai contribué depuis des siècles à donner à ce mot un sens si péjoratif et insultant ? Insultant pour ta personne ; insultant pour ta culture ; Et, sans m’en rendre compte, insultant pour toute l’humanité»

«Ce n’est pas ‘ Noir’ qui est une insulte, mon frère. La vérité est que je dois la couleur de ma peau à quelques milligramme de mélanine et non pas à la noirceur de mon cœur ou à l’infériorité de ma culture.»

« Tu as raison, mon frère. D’autant plus que je ne suis pas blanc grâce à l’immaculé de mon cœur malgré la haute estime que je peux porter à ma civilisation. D’ailleurs, ai-je une civilisation propre, séparée de la tienne, qui me rendrait mieux informé des enjeux du monde ? Ou est-ce encore une façon inconsciente de te refuser le droit d’être toi en te qualifiant inférieur à moi. »

Un long silence suivit puis le sage blanc reprit en regardant dans le gouffre devant lui : « En y repensant, mon frère, quelle futilité toutes ces différences et ces fossés que nous creusons entre nous ! Je suis blanc, tu es noir, mais surtout nous sommes des hommes. Montrons-nous dignes de cette humanité ! As-tu remarqué que le même soleil traverse chaque jour ce gouffre ? Oui, le même soleil dans tes contrées comme dans les miennes ! Pourtant, nous, nous considérons cette barrière infranchissable… Quelle sottise mon frère ! Quelle sottise !»

Le sage noir acquiesça avant d’ajouter : « Un jour, un ami m’a dit ‘je rêve d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus’. Moi, je ne veux plus en rêver, je veux le construire ce monde ! Mais, je ne peux et je ne veux le faire qu’avec toi ! »

On dit que le racisme nous sert à déporter sur l’autre le dégoût que nous avons de nous-mêmes. Pour que notre beauté nous soit révélée, il faut d’abord aimer le frère que nous décelons dans l’autre et considérer cet autre comme un être pourvu de la dignité humaine. Entendez, donc, ce que ces ainés viennent de nous enseigner !

Après s’être promis que dès le lendemain ils allaient jeter un pont sur le gouffre qui les séparait, les deux vieillards, se faisant toujours face, reprirent leurs discussions. Ils palabrèrent jusqu’à … jusqu’à quand déjà ?

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Le Texte de la semaine

22 06 2008

Politics and Public Policy in Southern Africa – Southern Africa in the new millennium.
Pamela Francesca Samantha MELONI
Student number 206520810

Wednesday, September 05th, 2007

( in Leçon 9, Steve Biko et l’Apartheid)

In their article Ahwireng-Obeng and McGowan analyze the position of South African economy within the world and make predictions for its future. In the first part of the article, they focus particularly in the role of South Africa within the Southern African region, and Africa as a whole. They analyse the actions and position of the newly democratic South Africa in the continent and demonstrates that in the field of trade, infrastructures, telecommunications and investment the Republic is increasingly hegemonic. In fact South Africa exports a lot in Southern Africa (the eleven other members of SADC are the most important for the Republic) and the trade with Africa as a whole is increasing rapidly, making the continent the largest regional export market for South Africa. Countries such as Botswana and Lesotho are totally dependent on South Africa for regional trade. It is important to note that this trade is highly unequal: in fact South Africa exports a lot more to the rest of SACU than it imports from them. Moreover most SADC countries are dependent upon South African transportation network for their trade with South Africa and with the rest of the world. Regarding telecommunications, South Africa is unrivalled within Southern Africa: its level of connectivity is even as good as most European countries. Another important fact is the constantly growing and aggressive expansion of South African businesses into the rest of Africa. In fact, all over the region and the continent there are an increasing number of South African investments (banks, hotels…). The main problem with that is the fact that they expand at the expense of local producers and manufacturers. They conclude by saying that there is a polarization between South Africa (which is industrialized) and the rest of the SADC (which is mainly agricultural).
The second part of the article deals with the hegemony of South Africa within a world-system perspective. According to the theory of World-Systems (which distinguishes three zones of economic activity, namely the core, the periphery and the semi-periphery) South Africa is a semi-peripheral state because it is both exploited (by the UE) and exploiter (Southern Africa). Moreover, because of South Africa superiority in economy and technology the authors argue that South Africa can be described as being a Northern semi-peripheral power surrounded by Southern peripheries. In other words South Africa fits the role of a semi-peripheral member of the world system. As such it is supported by important core organizations such as the G7. The authors then try to understand if the country is using its power as a regional partner, or as a regional hegemon. According to them the Republic is more a selfish hegemon in the SADC region.

In her article, Linda Freeman focuses on the controversial support given by President Thabo Mbeki’s government to Robert Mugabe in Zimbabwe. This support is a paradox as it goes against Mbeki’s project of an African Renaissance and seriously challenges Western support for NEPAD. Moreover Mbeki and Mugabe don’t even share the same vision for the continent (Mugabe is not a supporter of the African Renaissance) and their macro-economic policy are different (Mugabe is not excited about NEPAD). Freeman then explains the reasons behind this support. Firstly, the decision has been made because of Mbeki desire to respect and backed the continental opinion. In fact many African leaders, intellectuals and individuals outside Zimbabwe strongly support Mugabe’s policies. This position ensures that South Africa is now seen as a truly African power (not one dominated by Whites’ interest). Secondly, Mbeki argued that Zimbabwe is a sovereign country and so there is little that it can do about the present crisis. This is not true because the Republic has the means to stop the violence in Zimbabwe. The third reason comes from the fact that the South African government seems to be incapable to articulate a cohesive strategy on the matter. Fourthly this support can be traced back to the struggle for liberation from white minority-rule in the region. In this respect the South African government feels a link with Mugabe’s policies. The author then analyses the impact of the Zimbabwean crisis into South Africa. Firstly, there was a fear that what was happening to Zimbabwe will serve as a model among poor black South Africans and give them ideas to do the same. This has brought the question of land reform as an imperative in the political agenda of South Africa as well.
Another important factor is that the question of Zimbabwe has divided the members of the triple alliance (ANC; the Congress of South African Trade Unions and the South African Communist Party). In fact the COSATU and the SACP strongly disapproved the government’s position on Zimbabwe. Moreover the government was also criticized by senior political leaders within the ANC, leaders of opposition political parties, civil society, and the press in South Africa. However, despite all these critics the government did not change is line of conduct regarding Zimbabwe. Another important consequence to the crisis is the number of Zimbabweans who are coming to South Africa and other neighbouring countries, leading to other issues (crime, unemployment…) Finally Mbeki’s position has put into serious question the concept of a ‘rainbow nation’ and the vision of a non-racial South Africa.

In his article, Arrigo Pallotti, focuses on the SADC organization and its economic strategy since the early 1990s. His main preoccupation is the trade liberalisation promoted by the organisation within Southern Africa during the last decade and he wants to demonstrate that the policy taken by the SADC regarding this issue is a failure. To demonstrate its thesis he analyses the way through which the SADCC became the SADC in 1992 and demonstrates that the Treaty of Windhoek was not well adopted. To begin with this Treaty was not clear about its objectives and functions: little was said regarding the line of conduct that will be adopted by the SADC (if it was going to adopt a development or market strategy). Moreover the SADC policy did not present any radical changes but rather follow the already existing tactics regarding economic regionalism in the developing world. Another important agreement for the organization is the SADC Trade Protocol of 1996. It called for the gradual removal of trade barriers among the SADC member states over an eight year period. However the negotiations which were supposed to give more details regarding the implementation of the Protocol were finalized only in 1998. This is due to a number of issues and inter-state tensions among the SADC members, the most important one being the issue of rules of origin. As a result the final ratification and implementation of the Protocol was constantly postponed and was even about to be cancelled. It also put serious doubt among members vis-à-vis South Africa and its ambitions in the region. These tensions surrounding the trade protocol show that the trade liberalisation is not able to promote equitable and sustainable development in the region. Another example of failure is the fact that since 1996 SADC member states have tried to define a new industrialisation strategy for Southern Africa to complement the regional trade liberalisation process. Two drafts were rejected and the actual one is still not satisfying.
Thus, during the last decade, the SADC members have been unable to reach an agreement to develop a common strategy for the development of economic independence in the region.
Finally the author focuses on the trade imbalance among Southern African states. At present South Africa is still economically hegemonic in the region. It is important to note that South African investments in the Southern region of Africa have not been equal. In fact, in the period 1997-2001, South Africa has mainly invested in Mauritius and Mozambique.
Pallotti concludes that the SADC policy of liberalisation of inter-state economic relations have done nothing but accentuate the polarisation of economic development in the SADC region during the 1990s. Instead of promoting equality and developing the economy of SADC members, the policy has helped mainly South Africa which was already hegemonic in the region.

Bibliography
Freeman, L (2005) South Africa’s Zimbabwe Policy: Unravelling the Contradictions.
JCAS Vol.23 No. 2. pp147-172

McGowan P.J and Ahwireng-Obeng F (1999 Partner or Hegemon? South Africa in Africa. Parts 1&2. Journal of Contemporary African Studies, Volume 16 Nos. 1&2, January and July 1998.

Pallotti, A (2004) SADC: A Development Community without a Development Policy? Review of African Political Economy Vol 31. No. 101 pp.513-531.

 





Le texte de la semaine

13 06 2008

« LE POST-MODERNISME EST INCOMPATIBLE AVEC LE RACISME »
Eurydice BUTOYI

Liège BELGIQUE

( in Lecon 4, Indigènes races pures et métissages)

Eurydice BUTOYI est une jeune fille originaire du Burundi et de nationalité belge. Elle poursuit des études de Fashion design à Kent en Angleterre. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle nous parle du post-modernisme en mettant en évidence d’intéressants liens avec l’idéologie du racisme. (NDLR)

 

D’abord je voudrais vous remercier d’avoir eu l’idée de réveiller notre intérêt pour le continent africain.

Pour comprendre le post-modernisme, il faut d’abord que je vous explique le modernisme. La philosophie de la modernité considérait (c’est dans les années ‘60) que pour qu’une chose soit belle, il faut qu’elle soit fonctionnelle, il ne faut pas qu’il y ait du superflu. Ça allait très loin ! Par exemple, la beauté d’un objet artistique se jugeait par rapport à sa fonction. En architecture, le modernisme est à l’origine des ‘cités HLM’, c’est-à-dire les grands blocs d’immeubles sociaux minimalisés à fonds, où tout le monde a ce qu’il faut pour vivre (un appartement, une épicerie, une école … tout ça dans un même environnement) ; mais où tout est identique pour tout le monde. En fait, l’exemple de l’architecture moderne est typique de la philosophie moderniste appliquée à la société : il faut que les progrès technologiques, scientifiques et intellectuels servent à résoudre les problèmes sociaux. En construisant es logements sociaux modernes, fonctionnels, beaux … mais tous identiques, on a pensé équilibrer les rapports sociaux ; ramener la classe ouvrière vers le rang d’une classe moyenne. Mais, en faisant ça, on a complètement ignoré l’individu. Le modernisme ne pense pas la société comme un ensemble d’individus aux désirs et aux besoins différents, mais comme un ensemble de classes sociales que le progrès va servir à équilibrer.

Donc, pour résumer, le modernisme a complètement nié l’individu … Et le post-modernisme est une réaction au modernisme. La postmodernité revient à l’individu et non plus seulement sur l’appartenance de celui-ci à tel ou tel groupe. L’homme se recentre sur lui-même et sur ses préoccupations propres. Si la postmodernité se (re)intéresse à la personne, quel est le rapport avec l’idéologie du racisme ?

En fait, le post-modernisme s’accompagne d’une fragmentation de l’individu ; son identité n’est plus définitivement établie par la seule apparence extérieure de la personne qu’on a devant soi. Il n’y a plus de modèles prédéfinis : une femme peut désormais être une parfaite maîtresse de maison et une chef d’entreprise compétente, un homme peut être en colle blanc le matin et en même temps aimer les boites de nuits … A côté de ça, les groupes sociaux se fragmentent et se mélangent aussi : on peut se revendiquer aujourd’hui de deux groupes sociaux qui hier étaient opposés ou au contraire refuser d’appartenir à aucun groupe. En fait, la période postmoderne, c’est celle que nous vivons aujourd’hui.

Lorsqu’on a compris la postmodernité, on comprend également que ce serait contradictoire de soutenir l’idéologie du racisme. Le raciste dit qu’il y a une hiérarchisation des races prétendument pures et donc une hiérarchisation des individus basée sur leurs races. Or, on vient de le voir, le post-modernisme a fait qu’aujourd’hui il est impossible de définir les capacités sociales d’un individu par son seul aspect extérieur (c’est-à-dire la couleur de sa peau). Par ailleurs, il est également impossible dans le post-modernisme de dire qu’une race est pure parce que les groupes sociaux se sont fragmentés et, du coup, se sont beaucoup mélangés.

Aujourd’hui, c’est vrai qu’on devient raciste par facilité pour ne pas prendre la peine d’accepter son semblable qui est devenu, avec le post-modernisme, très complexe à définir et donc à prévoir dans ses réactions. Mais, quand-même, le racisme a complètement perdu son sens et il est contradictoire à la philosophie sociale que nous vivons.

Pour finir, je dirai à tous ceux qui lisent que l’Afrique a beaucoup souffert, mais qu’elle reste un très beau continent et un continent très riche qui se relèvera. Alors, qu’ils continuent à vous soutenir. Et vous, ne vous découragez pas !





LE TEXTE DE LA SEMAINE

7 06 2008

 

MISSION SUICIDE
Jean-Luc PENING (in lecon 2 : Maudit poisson! Pourquoi avoir été aussi bon?
Les délires de la mondialisation)

23 décembre 1999. Il doit être environ minuit. Les portes du 130 s’ouvrent doucement. Notre mission est très simple : tuer, blesser, casser physiquement, casser moralement. Tuer, blesser, casser. Espoir de retour : zéro.

Cela fait un bon moment que nous survolons la jungle à faible altitude et, malgré la vitesse, un air chaud et humide nous imprègne. Les faibles lampes qui éclairaient l’intérieur de la carlingue se sont éteintes. Dehors, dedans c’est le noir complet, par le trou béant le vide. On approche.

Dès que le copilote aperçoit la moindre petite lueur d’un village, forcément d’une position ennemie, il fait un signe au sergent. Et celui-ci, sans un mot, sans ménagements nous pousse, par petits groupes d’une dizaine, dans le vide, dans le noir, dans l’inconnu. Pas le choix. Ca y est, c’est à mon tour. J’ai sauté. L’air est vraiment chaud. Le vrombissement des moteurs fait tout doucement place au sifflement du vent, l’odeur de graisses fait place à celle de la terre humide. Parti sans retour avec cette machine à tuer qui me brûle les tripes.

J’en arrive à rêver que je raterais mon atterrissage, que je tomberai dans une rivière, que mon corps se disloquera au sol. Que j’échouerai dans ma mission. Au moins le cauchemar sera vite fini, au moins je mourrai seul. Cette chute vers le sang, les pleurs, me paraît interminable. La vie est absurde. Finir comme ça alors que tout avait si bien commencé.

A peine né j’étais arrivé un soir de Noël dans ma famille rose d’accueil. Tout de suite ma Maman, Mimi 3 ans et demi, m’avait entouré de son amour dix fois plus grand qu’elle. J’étais heureux dans ses bras, heureux de partager tous ses repas avec elle, même si après je devais passer sous la brosse froide pour enlever les taches de chocolat qui emplissaient mon visage. Heureux de passer toutes mes nuits à ses côtés à écouter ses confidences et ses rêves de fée. Un paradis tout rose. Il faut dire qu’avec mes grands yeux, mon nez doux et mes petits bras accueillants j’avais tout pour remplir ma mission : plaire aux enfants, les rendre heureux. Quel plaisir. Moi aussi j’étais heureux comme un bon ours en peluches peut l’être. J’essayais avec mes moyens limités de jouet de leur rendre tout l’amour qu’ils me donnaient. J’aurais tout fait pour eux. Tous les enfants étaient mes amis.

Quinze années de bonheur parfait. Et puis la vieillesse arrive, on devient un peu sale, un peu moins présentable avec une oreille déchirée. Mais surtout Mimi est devenue Mademoiselle Myriam qui, bien qu’elle se confiait encore à moi, me cachait dès que quelqu’un venait. Jusqu’au jour où un garçon a pris ma place dans le lit et que j’ai été exilé dans une boite en carton.

J’aurai pu terminer ma vie de nounours doucement ainsi en attendant le regard émerveillé d’un petit bébé. Et bien non, je suis parti, un matin d’automne, avec mes collègues, dans un grand sac plastique. Pour la bonne cause. Il était écrit sur ce sac : Pour la Noël des enfants du tiers-monde. Une bonne cause. Mais ce que Mimi ne savait pas, non, maintenant, je suis sûr qu’elle ne le savait pas, c’est qu’avant de m’envoyer faire fleurir les sourires sur les visages des petits enfants de la jungle, j’avais été sélectionné pour mon aspect sympathique et attirant. Que des grandes personnes m’avaient amené dans un drôle d’endroit où des drôles de docteurs avaient ouvert mon petit ventre, avaient retiré une poignée de peluches à l’endroit où devait battre mon cœur et y avaient mis un objet métallique avec minuterie.

Un choc ! Je suis arrivé au sol. Malheureusement entier. Il fait noir, silencieux. Mes compagnons ; la petite voiture, la poupée, les boites de conserve et la chaussure ont dû tomber pas loin d’ici. Pourvu que je sois dans un endroit inaccessible, que la pluie m’emportera, que plus jamais un enfant ne portera son regard sur mes doux yeux, plus jamais, plus jamais…

Un petit clic s’est déclenché dans mon ventre, horreur la machine est en route, prête à agir à la moindre caresse. Le soleil se lève, des rumeurs s’approchent. NON les enfants, non mes amis, ne me touchez pas, ne me touchez pas !!! Je suis devenu un monstre, une machine à tuer, une machine à arracher des bras, à éteindre tous les sourires, je suis devenu votre pire ennemi, un nounours piégé avec une mine dans le ventre…

Je voudrais pleurer, pleurer sur la folie de ceux qui ont fait de moi un tueur. Je voudrais crier : “Hé les adultes, arrêtez vos jeux qui n’amusent personne, laissez vivre la vie. Arrêtez de détruire des enfances pour quelques liasses de pouvoir…”. Je veux crier mais qui peut écouter le cri muet d’un vulgaire jouet, d’un vulgaire ami des enfants???

NON les enfants ne me touchez pas, la guerre a fait de la beauté de votre amour une arme cruelle.