le texte de la semaine

8 05 2008

CONGO, MON PAYS

Aimé LUVAGHO

Bruxelles BELGIQUE

( in Leçon 3 : MOBUTU, La tragédie d’un peuple et d’un continent)

Je suis Congolais d’origine et de nationalité mais actuellement, je suis assimilé aux belges car mes parents sont d’origines congolaises, mais ont la nationalité belge. Quand je suis arrivé ici en Belgique j’allais avoir 9 ans. Je garde des flashs du Congo, et plus particulièrement de Lubumbashi où je suis né et j’ai grandi jusqu’à mon arrivé en Belgique. Depuis je n’y suis plus retourné, même pas une seule fois. Pas par manque d’intérêt ou de priorité mais surtout parce que je n’ai pas beaucoup de temps ni beaucoup d’argent. Le Congo reste pourtant dans mes priorités pour le futur.

A propos du Congo, je sais d’où je viens et je pense que c’est très important. J’ai des connaissances de base en histoire, en géographie et sur l’histoire politique du Congo et de l’Afrique en générale. Mais, j’ai quitté ce pays il y a très longtemps et c’est vrai qu’à 8 ans ce n’était pas les questions les plus passionnantes. Par la suite j’ai toujours fait attention à m’informer de l’évolution de mon pays sachant que quand je suis parti les choses allaient bien. Quand j’ai quitté le Congo en 1989, pour moi tout tournait, je n’ai pas vu de différence entre là-bas et ici. A l’époque c’était Mobutu, le Zaïre, je suis né Zaïrois. Il n’y avait vraiment pas de problèmes, il me semble que tout tournait. D’où, je n’ai rien vu de spécial en Europe.

Aujourd’hui le Congo est par terre et les gens souffrent énormément. Cette souffrance résulte pour moi d’un système qui a été mis en place par la colonisation, d’abord Léopold II et ensuite Mobutu et les autres. Le système est bien ancré dans l’appareil de l’Etat, dans les mentalités des gens … Ce système c’est vraiment dire : le Congo c’est un grenier et chacun prend, prend et prend … C’est vraiment la cleptocratie ou la mangercratie ! On prend sans penser aux générations futures ou plus fort encore, sans se préparer pour les moments durs. Je pense que certains ont cru que le grenier était inépuisable. Ce système a commencé par le chef de l’Etat, s’il se sert de cette façon, je ne vois pas comment il pourrait condamner les gens en dessous de lui qui font la même chose, qui suivent le modèle. Ce système a perduré et s’est bien ancré au Congo; aujourd’hui encore. Mobutu était un bon exécutant des occidentaux qui perpétuaient ce système mis en place par Léopold II.

La cassure s’est produite quand les gens ont compris que ce qu’ils vivaient n’était pas normal. Elle a été réalisée par des pionniers comme Patrice Lumumba. Eux, ils ont montrés l’exemple, et il y en a eu d’autres en Afrique et ailleurs. Il n’y a pas que le Congo qui a dû batailler pour son indépendance, il n’y a pas que les congolais qui ont dû se construire leur identité et revendiquer le fait d’être des personnes identiques en qualités et honneurs à tous les autres habitants de cette planète. On aurait dû profiter de cette occasion pour opérer la cassure avec un système corrompu mais on n’a pas pu saisir la balle au bond. A ce moment peut être il y avait peut être moyen d’agir autrement et peut être qu’on ne serait pas dans cette situation si…mais avec des si on peut refaire le monde.

Le règne de Mobutu, c’est revenir à une situation où on est indépendant sans vraiment l’être. On l’a instrumentalisé et lui, il vendu son âme. Le comble c’est qu’il avait l’apparence de prôner un retour à l’authenticité africaine mais par rapport à ces actes et aux choses qu’il montrait, c’était vraiment le nouveau colonisateur.

Donc oui, il y a eu l’indépendance. Indépendance qui n’était pas préparée, ce qui est logique puisque le colonisateur ne voulait pas de cette indépendance à la base ou du moins pas à ce moment là. D’où les gens qui ont préparé cette cassure n’étaient pas aussi bien préparés qu’il aurait fallu qu’il le soit. Donc, il y a peut être aussi eu des dérapages de leur part. Mais dans le fond, ce qu’ils recherchaient aussi c’était la dignité des colonisés.

Aujourd’hui à cette heure-ci, c’est toujours pareil. Chacun veut sa part du gâteau. A l’époque le gâteau, c’était seulement pour Léopold II et la Belgique, puis à Mobutu mais il était toujours l’instrument des blancs et actuellement c’est toujours la même chose. C’est-à-dire que l’on instrumentalise quelqu’un que l’on met au pouvoir, au niveau de l’Etat.
Il y a eu des élections, je ne sais pas quels sont les résultats qui vont sortir mais je sens qu’il faudra attendre une conscientisation des gens pour se dire : on est d’accord, on sait qu’il y a un gâteau mais on n’est pas prêt a le partager comme vous voulez qu’on le partage.
En tous cas il faut qu’on puisse l’utiliser comme moyen ou monnaie d’échange et que ce soit un échange équitable.

Avec Mobutu, il fallait être avec lui ou alors ne plus être du tout, il y a beaucoup de gens qui ont fui ou disparu. Il savait bien joué sur ces deux tableaux. Soit tu étais avec, soit tu n’étais pas avec et à ce moment là tu étais un danger pour lui et donc pour les occidentaux. D’où tu avais peu de chance de t’en sortir.

 

 

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