Le texte de la semaine

29 04 2008

DU PANAFRICANISME AUX RASTAFARIENS
Giulia BONACCI
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – Paris FRANCE

(in Leçon 1: Pourquoi cette Revue? Le droit à l’Histoire)

 

A la veille du cinquantième anniversaire
du 1er Congrès des écrivains et artistes noirs, septembre 1956Regards croisés sur la diversité culturelle éthiopienne
en Afrique et dans le monde

Le 17 septembre 1964, Noel Dyer, un Rastafarien jamaïcain émigré en Angleterre prenait le train à Londres pour la ville de Dover sur la côte. Arrivé à Paris, il travailla trois mois pour pouvoir continuer sa route vers l’Espagne et le Maroc. Et là, Noel Dyer se mit à marcher vers l’est. Il traversa à pieds l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte, traversa le barrage d’Aswan puis le désert pour rejoindre le Soudan où il fut arrêté par les autorités car il n’avait pas de visa. Il passa trois semaines en prison, jusqu’à ce que l’ambassade éthiopienne à Khartoum entende parler du Rasta qui voulait arriver à pieds jusqu’à Addis-Abeba et lui permette, finalement, d’entrer en Ethiopie. Il aura fallu plus d’un an à Noel Dyer pour faire ce périple depuis l’Angleterre jusqu’en Ethiopie. C’est un parcours exceptionnel, qui illustre au moins deux choses en plus de sa détermination individuelle.

La première, c’est la violence de la discrimination raciale et de la marginalisation économique qu’il a subi en Jamaïque puis en Angleterre et qui l’a poussé à partir. Cette violence est un des dénominateurs communs à la plupart des africains et descendants d’africains dans les sociétés des Amériques et de l’Europe. A l’origine de longues traditions de résistance, elle forme la toile de fond sur laquelle se sont dessinées leurs constructions identitaires et leurs objectifs politiques.

La deuxième, c’est la puissance de l’imaginaire et des idéologies grâce auxquelles Noel Dyer identifiait l’Ethiopie à son identité, sa liberté, sa rédemption et son avenir. Au cœur de cet imaginaire, l’identification raciale à l’Ethiopie sur la base de la couleur de la peau est essentielle, quoiqu’en ait pensé les éthiopiens. Et l’Ethiopie, pour Noel Dyer comme pour beaucoup d’autres était celle mythique, biblique, dont la terre devait ruisseler de lait et de miel, mais aussi celle réelle, politique, souveraine, seul état indépendant en Afrique jusqu’à la fin des années 1950.

Noel Dyer est le seul à être venu à pieds mais depuis la fin du dix-neuvième siècle ils ont été nombreux, les descendants d’africains, américains et caribéens à venir s’installer en Ethiopie, à nouer leur vie à celle des éthiopiens. Ils y forment une présence constante, même si leur contribution au développement du pays reste méconnue. Ils sont le reflet de l’empreinte qu’à eu et qu’à toujours l’Ethiopie dans le monde. Ils incarnent les rêves que le nom Ethiopie a fait naître et qui sont contenus dans le concept d’éthiopianisme ; ils incarnent aussi la réalité sociale de ceux qui se sont engagés pour faire vivre l’idéologie panafricaine qui postulait l’unité de destin et de cause entre africains et descendants d’africains.

En cherchant à rendre à l’Ethiopie la place cruciale qu’elle a tenue dans la construction des mondes noirs, je vais aujourd’hui vous parler d’abord de l’éthiopianisme, puis du panafricanisme et essayer de vous montrer comment les Rastafariens sont devenus les relais modernes de ces rêves autant que de ces engagements politiques.

L’éthiopianisme

Le terme éthiopianisme recouvre de larges pans d’histoire et désigne les représentations qui ont été faites de l’Ethiopie. L’on pourrait parler de la fascination des Européens pour le mythique Royaume du Prêtre Jean, mais aussi des mythes fondateurs de la nation éthiopienne, liés à la royauté sacrée héritée du Roi Salomon et de la Reine de Saba. Je me limiterai à évoquer l’empreinte qu’a laissée l’Ethiopie dans l’imaginaire des communautés noires aux Amériques.

C’est avec la Bible que le terme Ethiopie a d’abord traversé l’Océan atlantique. La Bible n’a pas voyagé dans les cales, avec les cargaisons humaines, mais sur le pont, dans la main des missionnaires. Dans sa traduction anglaise de 1611, tous les termes désignant des Noirs, étaient traduits, suivant l’usage grec, par le mot « éthiopien ». Pour les communautés esclaves ou affranchies, la Bible, malgré son association avec l’entreprise esclavagiste avait deux grands atouts : premièrement, avec les nombreuses références aux Ethiopiens et à l’Ethiopie, elle offrait un modèle auquel les descendants d’africains pouvaient s’identifier et grâce auquel ils pouvaient s’appeler, eux-mêmes, éthiopiens ; deuxièmement, avec l’histoire de l’Exode et la métaphore des Hébreux, peuple divin réduit à l’asservissement, elle offrait un archétype de la délivrance et de la liberté. Le verset 31 du psaume 68 est une des références à l’Ethiopie les plus connues, « l’Ethiopie tendra bientôt ses mains vers Dieu » indiquait ce verset. Interprété par des congrégations noires, il représentait leurs aspirations, la promesse d’une libération imminente et leur rôle actif dans la destinée prophétique attribuée à l’Ethiopie.

C’est porté par ces promesses qu’en 1930 Arnold Josiah Ford, originaire de la Barbade, une petite île de la Caraïbe, venait s’installer en Ethiopie avec quelques disciples. Leader d’une congrégation d’Hébreux noirs comme il y en avait de nombreuses dans le Harlem de l’époque, il était aussi musicien et compositeur, auteur de « l’hymne éthiopien universel », l’hymne de l’organisation de Marcus Garvey, un des pères du panafricanisme. Ford a été bien accueilli par les autorités éthiopiennes, des terres ont même été mises à sa disposition, mais il manqua rapidement de capital pour pouvoir y apporter le développement désiré. L’attraction qu’exerçait l’Ethiopie était due à l’éthiopianisme, cette dimension mythique, biblique de l’Ethiopie, ainsi qu’au rôle joué par l’Ethiopie dès les prémices du panafricanisme.

Le panafricanisme

Le panafricanisme est une idéologie qui postulait la solidarité raciale et l’unité politique et culturelle entre africains et descendants d’africains avec comme objectif la libération complète de l’Afrique. L’Ethiopie avait une place très importante dès les prémices du panafricanisme car elle était le seul pays indépendant d’Afrique et incarnait le pouvoir et la nation noire. L’Empereur Ménélik II était déjà représenté lors de la première conférence panafricaine à Londres en 1900 par un Haïtien, Benito Sylvain qui avait fait quatre fois le voyage jusqu’en Ethiopie. Lors des Congrès panafricains suivants, en 1919 à Paris, en 1921 et 1923 à Londres, et en 1927 à New York, l’Ethiopie, encore auréolée du prestige de la victoire d’Adwa en 1896, représentait un exemple, un modèle, et son soutien à l’entreprise panafricaine était recherché.

Avec l’invasion fasciste en 1935, l’Ethiopie devenait une cause à défendre. A cette occasion, la première grande mobilisation internationale à caractère panafricain a pris forme. En quelques semaines, l’attention des Noirs du monde entier était focalisée sur l’Ethiopie, la presse panafricaine faisait circuler des informations sur la guerre et des milliers des volontaires, citoyens américains ou sujets coloniaux étaient prêts à s’engager pour défendre l’Ethiopie. La guerre était devenue une métaphore de la lutte anticoloniale et l’Ethiopie a été soutenue par des chansons écrites pour l’occasion, de grandes manifestations, la levée de fonds, le boycott des commerces italiens à New York, parfois suivis d’émeutes, etc. Cette mobilisation autour de la défense de la souveraineté et de l’intégrité de l’Ethiopie forme un des grands moments du panafricanisme du vingtième siècle.

Après la libération, en 1941, toute une génération panafricaine s’est engagée en Ethiopie pour participer à la reconstruction du pays : ils étaient enseignants, professionnels, techniciens, journalistes, photographes et administrateurs. Un aviateur américain, John Robinson, avait déjà participé à la défense du pays en première ligne et il est revenu en 1944. En quelques années il a entraîné plus de quatre-vingt cadets, qui sont devenus les premiers pilotes éthiopiens, militaires et civils. David Talbot, un journaliste guyanais succédait à un noir américain, William Steen, comme éditeur de l’Ethiopian Herald, il diffusait également des programmes radio, et a été un temps responsable des publications en anglais du Ministère de l’Information. Mignon Ford, de la Barbade, ouvrait en 1941 l’école Princess Zennebe Worq, et le Dr Tomas Fortune Fletcher, un américain, devenait directeur de l’école Medhane Alem. Les exemples sont nombreux et ils illustrent tous l’importance qu’avait l’Ethiopie dans la vie de ces professionnels qui s’étaient identifiés à elle et se sentaient directement concernés par sa reconstruction. Certains restaient juste le temps de leur contrat mais d’autres, comme Mignon Ford ou David Talbot sont restés en Ethiopie jusqu’à la fin de leur vie.

Au tournant des années 1950, l’idéologie panafricaine était définitivement réappropriée par les nouvelles élites africaines. Le Congrès panafricain de Manchester en 1945 voyait les stratégies de luttes anticoloniales mises au premier plan par les jeunes leaders comme Kwame Nkrumah et Jomo Kenyatta. L’Empereur Haile Selassie I, considéré comme le « père de l’Afrique » grâce à son engagement dans la fondation de l’Organisation de l’Unité Africaine en 1963 commençait à être supplanté par les « fils », chefs des nouveaux pays indépendants. Les grands changements induits par le processus de décolonisation inspiraient les militants américains dans leur lutte pour les droits civils bien plus que le modèle éthiopien, considéré alors comme un régime vieillissant et autocratique qui se débattait entre un coup d’état, des révoltes paysannes et le problème de l’Erythrée.

Et pourtant…. L’image de l’Ethiopie, mythique, biblique, politique et souveraine allait être défendue par une population que les observateurs n’ont pas vu venir, pauvre, noire, issue des ghettos de Kingston, la capitale de la Jamaïque. Ce n’étaient plus l’élite africaine ou panafricaine, les intellectuels des grands Congrès, ni les syndicalistes et les activistes engagés dans la lutte armée et anticoloniale, c’étaient les Rastafariens.

Les Rastafariens

Les Rastafariens sont les héritiers de ces idéologies, éthiopianisme et panafricanisme, et leur contribution à leur renouvellement ne se lit pas seulement en termes de construction intellectuelle, mais aussi en termes de pratiques et d’engagement personnel et collectif. Les premiers Rastas étaient issus de la paysannerie jamaïcaine, rodée à la résistance culturelle, et pour la plupart, ils avaient voyagé en Amérique centrale et aux Etats-Unis. Ils s’étaient ainsi familiarisés avec le langage international de l’unité raciale et panafricaine. Les Rastafariens reprenaient à leur compte l’imagination noire de l’Ethiopie, la conviction que l’Ethiopie avait une destinée prophétique à laquelle ils pouvaient participer, et, rejetant leur statut de sujets coloniaux, ils s’identifiaient aux Ethiopiens et défendaient une allégeance à cet Empire noir bien plus qu’à l’Empire britannique.

L’Empereur Haile Selassie I tient une place centrale dans la cosmologie et les pratiques des Rastas. Alors qu’il était encore ras Teferi, il avait été remarqué, au sein des communautés noires, par ses premières actions politiques. Une délégation envoyée aux Etats-Unis en 1919, l’abolition graduelle de l’esclavage en Ethiopie, l’admission à la Société des Nations en 1923, le voyage européen de 1924, étaient autant d’étapes qui avaient donné à Teferi un grand prestige. A plusieurs reprises il avait invité les populations noires à venir s’installer en Ethiopie. Son couronnement le 2 novembre 1930 faisait de lui l’Empereur Haile Selassie I, Roi des Rois et Seigneurs des Seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Juda, Elu de Dieu, lumière du monde – des titres à l’écho biblique utilisés par les souverains éthiopiens depuis le dix-neuvième siècle pour légitimer leur pouvoir politique. En Jamaïque, il n’a fallu qu’un pas pour que des congrégations sensibilisées interprètent ces titres dynastiques et messianiques comme la preuve que l’homme qui était couronné ce jour-là était de nature divine et jouait un rôle dans la réalisation de la prophétie qui annonçait leur libération. Cette interprétation faisait du mouvement Rasta un mouvement à la fois religieux et politique, durement réprimé en Jamaïque.

Les croyances et les pratiques des Rastas formaient une critique de la société coloniale dans laquelle ils se trouvaient. Leur chevelure, les dreadlocks, littéralement les nœuds terrifiants symbolisaient à la fois leur consécration religieuse, en référence au vœu du Nazir et leur refus de normes esthétiques européennes imposées par la société coloniale. Ils ont également créé des organisations rituelles et sociales parallèles, à travers lesquelles ils transmettaient leur histoire, oralement, aux jeunes générations. La contribution des Rastas à la conscience collective jamaïcaine est maintenant reconnue. En s’opposant à l’image des africains associés aux chaînes infâmantes de l’esclavage, en renversant la ligne de couleur pour revendiquer le corps noir comme site de la divinité, à l’image d’Haile Selassie I, ils ont participé à l’exorcisme du racisme sur lequel la Jamaïque s’était construite et ont insufflé la dimension culturelle dont manquait le Black power jamaïcain qui a pris son essor après l’indépendance du pays en 1962.

Après la visite d’Haile Selassie en Jamaïque en 1966, les Rastas ont mis en pratique le panafricanisme en venant s’installer en Ethiopie, dans la continuité des hommes et des femmes, caribéens ou américains qui étaient venus en Ethiopie avant eux. Pour remercier les communautés noires de leur soutien pendant la guerre italo-éthiopienne, Haile Selassie I leur avait confié des terres dans le sud du pays, juste avant la ville de Shashamane pour qu’ils viennent s’y installer et contribuer au développement du pays. Ce sont les Rastas qui ont accepté l’invitation. Ils sont plusieurs centaines à avoir fait le choix de tout laisser derrière eux pour nouer leur vie à celle des éthiopiens. Bien accueillis sous l’ancien régime, ils se sont pliés à la révolution et aux grandes nationalisations foncières. Associés à l’Empereur à cause de leur foi, ils ont tout perdu, leur maison, leurs voisins, leurs récoltes. Certains sont partis, menacés, certains sont restés et quelques uns ont continué d’arriver pendant les années du derg.

Il paraît que Mengistu Haile Mariam était admiratif de la présence constante de ces étrangers qui se voulaient éthiopiens et n’abandonnaient pas le pays rongé par la guerre lorsque des milliers d’éthiopiens, eux aussi menacés, le fuyaient par tous les moyens. Mais les installations des Rastas ne se sont pas faites sans difficultés et le décalage entre l’image qu’ils avaient de l’Ethiopie et la réalité du pays était flagrante. Les paysans autour de Shashamane, les commerçants de la ville, les fonctionnaires administratifs avaient bien du mal à comprendre pourquoi ces gens-là traversaient le monde pour venir partager leur sort. Les éthiopiens les ont parfois soutenus, aidés, nourris, ils les ont parfois volés, chassés, tués. Avec le changement de régime en 1991 et l’ouverture des frontières, l’insécurité foncière et sociale est allée grandissante, mais les Rastas sont devenus, alors, de plus en plus nombreux à venir du monde entier pour s’installer à Shashamane.

Pendant que l’Empire éthiopien s’écroulait sous les forces du changement social, le mouvement Rasta se diffusait bien au-delà des frontières jamaïcaines. Grâce à la musique reggae, les artistes Rastafariens ont transmis leur identité aux jeunesses de toutes les couleurs. Ce sont aujourd’hui les Rastas qui apprennent l’amharique dans les capitales européennes, qui militent pour que les britanniques rendent les trésors pillés à Magdala, qui parlent de l’Ethiopie sans forcément se limiter à la guerre, la famine, la pauvreté, ce sont eux qui en donnent une image digne et fière, loin de celle diffusée par les médias. Ils sont restés des fidèles alliés du pays malgré une politique éthiopienne changeante et parfois douloureuse. En Ethiopie, ils ont parfois dérangé à cause de leur culture encombrante, mais ils ont aussi construit des écoles, des cliniques, des commerces, des services, ils attirent les touristes, ils ont fait des investissements et fait grandir leurs enfants. Leur contribution reste pourtant méconnue et l’intégration n’est pas facile. Si Bob Marley représente un enjeu économique important et est maintenant célébré à Addis-Abeba, les Rastas ne bénéficient d’aucune politique gouvernementale, d’aucun soutien financier ou légal.

Conclusion

En guise de conclusion, rappelons que l’Ethiopie, d’une manière qui lui a parfois échappé, a laissé une vaste empreinte dans les mondes noirs, elle a prit une place centrale, tant rêvée que réelle dans le développement de l’éthiopianisme et du panafricanisme. Bien qu’elle n’ait pas été concernée par la traite transatlantique dont les comptoirs étaient installés sur toutes les côtes ouest africaines, elle a été choisie par des générations de militants comme symbole de liberté, de rédemption et de souveraineté. Ils ont été nombreux à s’identifier à elle, à la défendre, à revendiquer une nationalité éthiopienne, à venir s’y installer. L’obstination identitaire des Rastafariens et leur soutien sans faille au dernier Empereur éthiopien, Haile Selassie I, même trente ans après la chute de l’Empire devrait pouvoir donner confiance aux Ethiopiens, leur rappeler qu’il ne sert à rien d’oublier et qu’au contraire l’Ethiopie aurait beaucoup à gagner en s’engageant à nouveau dans cet espace panafricain. Car au seuil du vingt-et-unième siècle, le panafricanisme essaye de faire peau neuve. L’Union africaine a succédé à l’OUA et une sixième région, celle de la Diaspora, a été établie, accompagnée de longues discussions sur les modalités d’obtention d’une nationalité africaine pour les ressortissants de la diaspora. A l’occasion d’une conférence tenue l’année dernière à Kingston qui engageait l’Union Africaine, l’Afrique du Sud et les Etats de la Caraïbe, la contribution des Rastafariens comme gardiens de la vision des fondateurs du panafricanisme a été reconnue et célébrée. Combien de Noel Dyer faudra-t-il, traversant le monde à pieds pour rejoindre l’Ethiopie afin que les éthiopiens réalisent la destinée panafricaine qui est la leur ?





Le texte de la semaine

22 04 2008
THE THREE FACES OF RACISM
David HAWKINS
(in Leçon 4: Indigénat, race pure, métissage … Chaque mot a sa raison d’être)

In 1999 I was working at the building of the North-western Train Station in Chicago. At this point it was October and I had been working at one of the companies on the 16th floor as a Senior Systems Analysts. Typically, in these kinds of computer IT positions, you don’t have to come to work in a suit and tie. I don’t remember what I was wearing exactly, but it was winter in Chicago and it would have been something warm. I was also taking classes at Columbia for my Bachelor’s degree. On this particular day I needed to get a birthday present for my Japanese teacher, who had announced that she would be leaving the school at the end of the year.

I went into the cosmetics store “The Body Shop” on about the third floor of the same building where I worked. I had never been in that particular store before, but had visited other shops in the chain. It was usually a good place to pick up gift packages of lotion, soaps, and other toiletry items. So I came in asking about a particular perfume. The saleswoman was very polite and walked me over to where they were located. I looked at a few different products, and then I looked at my watch and found that I wouldn’t have enough time to decide.

So I figured I would come back later, after work, and pick something up. On the way out of the store the saleswoman asked me “What did you do with the perfume?” I thought she was wondering why I hadn’t bought it.

“Oh, I don’t have time to pick it up now; I’ll try and stop by after work.”

“Okay… But what did you do with it?” Turns out she wasn’t wondering if I had bought it or not. She was wondering if I had stolen it.

“I put it right back where you picked it up.”

“Do you mind showing it to me?” If “she” had been a “he” I probably would have punched him at this point. Instead I walked her over to the exact same place where she had just picked up the perfume five minutes ago, and showed her the exact same bottle she had just handed me. Then I left the shop (still in a hurry), froze, turned around, and went right back in and asked to speak to the store manager.

The previous year, again 1998 and again in Chicago, I was walking down the street with my girlfriend of the time, who just happened to be a person of Philippine origin. A woman in her mid forties approached me and asked me for change. I told her I only had enough to go to the movie theatre. When I had made it four paces away the woman shouted behind me “Traitor.” I kept on to the movies.

Over ten years before that I had entered a candy shop near my grade school. It was after school and the shop was filled with children. I had just walked into the shop, so obviously I was near the rear of the line. A fellow classmate named Gregory started fighting with a much larger girl. There was some shoving, and the two fell through one of the display cases. As glass flew everywhere I decided that now would be a great time to leave and get my candy another day.

Forty minutes later another kid shows up at my grandmother’s house and tells her we’re wanted at the candy shop. When my grandmother and I make it to the shop, the woman insists that I was involved in the fight that broke the display case. I assured her I was nowhere near it. That, as a matter of fact, there couldn’t have been anybody further away from it since I was the last person to come in the shop. Somehow she was convinced it was me. The most shocking part of any of these individual incidents is the fact that they were committed in my own town by people with the exact same skin colour as me. Throughout history there have been examples of men and women, usually in the military or some sort of policing role, who have been trained to attack their own people.

It is a completely different spirit that compelled the three civilians above to commit wanton acts of racism against someone of the same colour. There is no formal training or indoctrination for civilians in America. Instead, Americans are hypnotized into racism by a popular culture that suggests that young black males are dishonest, untrustworthy, and have criminal intentions.

Every song on the radio… every story on the news… and half of the popular television series reinforce this idea day and night. When I was a child I believed that I would not live past the age of 18. I believed this because the news made it a point of reminding me that “Most black males do not live beyond the age of 18.” President Reagan, and then President Bush (the father of the current President) had America engaged in what they called a “War on Drugs,” which only translated into a “War on Minorities.”

The end result of this war was tougher laws in largely minority neighbourhoods, and more minorities being sent to prison year after year. (For a while it was even illegal for more than four black males to stand on any street corner in Chicago. The law, one of the most unconstitutional and blatantly racist ever adopted in a major northern American city, was eventually struck down by the Supreme Court.)

I grew up in an all-black neighbourhood, where there should have been no discrimination to speak of. But in the absence of outside forces, the community invented its own form of prejudice.